La carrière de Grand Funk Railroad (également surnommé The American Band) est assez similaire à celle de Steppenwolf, avec « Live album » comme point culminant. Il doit son succès à plusieurs paramètres : énergie à revendre, compositions de Mark Farner d'une redoutable efficacité, voix accrocheuses, basse monstrueuse de Mel Schacher, frappe explosive de Don Brewer et production/management au rouleau-compresseur de Terry Knight. L'histoire du groupe débute lorsque le chanteur-guitariste, après seulement 3 leçons de guitare, décide d'en faire son métier. Au milieu des années 60, il intègre le groupe The Pack où il fait la connaissance de Terry Knight (alors chanteur), puis du batteur Don Brewer. En 1968, il décide de créer à Flint, Grand Funk Railroad (en référence à la première compagnie de chemin de fer du Michigan). Il invite ses copains Mel Schacher et Don Brewer dans le but de faire le plus de bruit possible. Avec Terry Knight comme producteur, ils sortent « On time », véritable uppercut du droit qui, malgré une critique désastreuse, devient rapidement disque d'or ! De cet excellent disque, 4 extraits se retrouve dans « Live album » : le rentre-dedans « are you ready », la ballade blues (véritable tube en puissance) « heartbreaker », « TNUC » et « Into the sun » (ces deux derniers titres portés en concert à plus de 11mn chacun, le premier intégrant un long solo de batterie !). GFR y fait le pont entre Cream et Black Sabbath avec un son tellurique. Toujours en 1969, GFR sort son second album, l'éponyme « Grand funk railroad » (communément appelé « The red album ») qui contient aussi son lot de classiques figurant sur « Live album » : « paranoid » (qui n'a rien à voir avec Sabbath), « in need » (porté à 10mn sur scène !) et la formidable reprise dynamitée des Animals « inside looking out » (12'53 en live). Sans perdre de temps, « Closer to home » est enregistré en 1970 et devient n°5 des ventes. Le style reste le même, avec une maîtrise grandissante. « I'm your captain » devient un tube radio, mais c'est la ballade « mean mistreater », où Farner s'accompagne au Fender Rhodes, qui atterrit sur « Live album ». C'est d'ailleurs le seul titre extrait de ce pourtant excellent opus. « Live album » est le 4ème Grand Funk et doit être considéré comme son disque définitif : le plus urgent qui retranscrit parfaitement l'état d'esprit du groupe à l'époque. Complètement survolté, hurlant et saturé, ce disque s'écoute fort. Tout devient limpide lorsque le volume est élevé : le chant clair de Farner, le contre-chant de Brewer, la frappe frappadingue, la basse colossale et la guitare sportive. Mark Farner n'est pas considéré comme un grand guitariste, mais à l'instar d'un Ted Nugent, il sait faire crier son instrument, le torturer pour faire monter l'adrénaline, et ça vaut tous les Malmsteen et Satriani du monde !! L'homme est une sorte d'instrumentiste inné, capable d'assener riffs et solos, de chanter en même temps tout en soufflant dans son harmonica et en posant des accords élégants sur un piano électrique (« mean mistreater »). En 9 titres (souvent très longs et propices aux solos de tous poils), le trio nous entraîne dans un trip bigrement jouissif. En 1971, Grand Funk Railroad assoit sa réputation avec deux albums dans la continuité (« Survival » et « E pluribus funk »), mais le style commence à tourner en rond. Comme Steppenwolf, GFR semble avoir tout dit. Le trio décide de se débarrasser de son manager omniprésent, raccourcit le nom du groupe (qui devient « Grand Funk ») et modifie son style musical. Un quatrième larron est recruté : il s'agit du claviériste Craig Frost, une vieille connaissance (ex The Pack) qui apporte une couleur mainstream au groupe. Trois albums à succès, beaucoup plus élaborés (moins hard, plus funky et FM) vont se succéder entre 1972 et 1974 : « Phoenix », « We're an american band » et « Shinin' on ». Ce style doit trouver ses amateurs au sein des lecteurs de Koid9, car c'est parfois assez « prog ». Grand Funk y a perdu une partie sa personnalité , mais il a su se renouveler. Le reste de sa discographie demeure plus anodine, entre séparations et reformations. Aujourd'hui, deux entités distinctes, jouant la musique de GFR, co-habitent : d'un côté Grand Funk Railroad avec Mel Schacher et Don Brewer, accompagnés de Max Carl (chant, claviers) et de l'ex Good Rats et Kiss, Bruce Kulick (guitare) ; d'un autre Mark Farner, toujours aussi exubérant au sein de son propre groupe.