Certainement en raison d'une carrière écourtée par la mort à l'âge de 56 ans (en 1982), les enregistrements 'live' d'Art Poivre ne sont pas légion et « Live at Donte's » apparaît comme l'un des plus captivants. Réalisé en 1968 après un passage remarqué dans l'orchestre de Buddy Rich (
Mercy, Mercy), l'altiste est ici en très grande forme et semble t-il ouvert à de nouvelles aventures musicales suite à l'influence de Coltrane.
Lors de cette soirée, son quintet se composait de Joe Romano (sax ténor), Frank Strazzeri (piano), Chuck Berghofer (contrebasse) et Nick Ceroli (batterie), soit un superbe groupe combinant voix solistes et rythmiciens de tout premier plan. L'association de l'altiste avec Romano (ténor à la fois rugueux et vaporeux, classique et aventureux) fonctionne parfaitement. Leurs sonorités contrastées ainsi que leurs solos pareillement intéressants (qui s'apparentent à de belles histoires racontées avec ferveur et un sens aigu de la déclamation) sont le sel de cette soirée. A cela s'ajoute le très beau piano de Frank Strazzeri, lequel sait lui aussi construire de grands édifices sans jamais se départir d'un raffinement et d'une élégance dignes de Hank Jones (dont il se réclame). En outre, le pianiste abat un travail considérable lorsqu'il accompagne : son 'comping' est une véritable aubaine pour le soliste. Restent Chuck Berghofer et Nick Ceroli. Le premier est un contrebassiste d'une grande souplesse et à la sonorité ronde qui assure, à l'instar du second, de très solides fondations. Le trop méconnu Nick Ceroli est ce genre de batteur 100% efficace qui ne s'encombre pas de superflu , avec une cymbale ride qui marque un tempo indéfectible et des ponctuations qui sont autant de piqûres propres à ressusciter un mort.
La durée des morceaux (entre 13 et 21mn, sauf le dernier amputé de sa fin) est propice à de longs développements de la part de chaque soliste, sans que l'on relève de baisse d'intensité pour autant. Qu'il s'agisse de blues (Groupin'), de ballade (Everything happens to me), de standards ressassés (Cherokee, Stompin', Lover) ou de morceaux plus dans l'air du temps (Blues rock, hélas coupé faute de bande suffisante pour poursuivre l'enregistrement!), l'inspiration est toujours au rendez-vous.