Le Dorf, comme il est communément appelé, est un petit club de San Francisco dans lequel les plus grands se sont produits : Gallagher, les Flamin' Groovies, Jerry Garcia,Blue Oyster Cult... et Mike Bloomfield qui, dans cette boite de nuit célèbre et exigüe, ouverte par Jeff Pollack en 1976 et vendue à Bill Graham plus tard, évolue quasiment à domicile. Presque tous les week-ends, entre janvier 1976 et août 1978, Mike Bloomfield y est l'attraction. L'environnement du Old Waldorf a ceci de rassurant et de régénérant que son intimité permet alors au guitariste san franciscain de faire retomber le soufflé à une période où sa carrière est à son point culminant et la pression qui l'accompagne à son comble. Pour échapper à la Bloomfieldmania, Mike s'engage dans un circuit de petits clubs qui va le mener jusqu'à l'Old Waldorf. Entre décembre 1976 et mai 1977, en compagnie de Nick Gravenites (qui alimente l'album avec quatre de ses titres) et Mark Naftalin, les vieux complices de l'Electric Flag et du Paul Butterfield Blues Band, avec une section rythmique articulée autour de Roger « Jelly Roll » Troy (bassiste) et Bob Jones (batteur que l'on retrouve sur le Live At Bill Graham's Fillmore West du tandem Gravenites/Bloomfield), Mike Bloomfield n'a pour autre objectif que celui de prendre son pied avec ses « friends » et devant les siens. La convivialité et la bonne ambiance se prêtent à cette démarche, aussi n'est-il pas surprenant que la prestation ne dévie souvent en baeuf de haute volée, mais pouvant aussi parfois servir de prétexte à faire n'importe quoi. Sur les enregistrements compilés pour les besoins du Live At The Old Waldorf (1998), quelques familiers s'invitent, comme ici, Barry Goldberg, organiste et co-fondateur de l'Electric Flag, comme Mark Adams, harmoniste talentueux de la baie de Frisco et George « Chuck » Rains, un batteur du cru. Les Friends, comme ils se font appeler, constituent un soutien idéal à la guitare de Bloomfield. C'est en leur compagnie et en ces lieux que la légende de Bloomfield s'est construite. Sans ses incontournables amis qui connaissent leur Mike sur le bout des doigts et ses réunions informelles, l'histoire se serait peut-être écrite différemment. Quoi qu'il en soit, la synergie entre ces musiciens est bien réelle. Preuve en est ce Live At Waldorf qui rend Bloomfield encore plus exceptionnel qu'on ne le dit, plus chaleureux qu'on ne le pense, plus libre et plus détendu que jamais. Sa guitare inspirée et maîtrisée lui vole alors la vedette et son jeu s'envole, sans limites, sans retenue, sans faille, élégamment, comme il sied aux légendes. Neuf titres extirpés de six spectacles différents permettent de l'accompagner dans sa quête de plaisir. Abordé sous l'angle d'un medley blues collecté à partir d'une performance live de 1974 à Sausalito et de reprises de B.B King (Sweet Little Angel) et d'Earl Hines (Jelly Jelly), ce premier titre est à lui seul révélateur de ce qui enchaîne. Le très haut niveau occupe le terrain de cet album qui voit Mike passer avec grand talent, de la six cordes à la slide. Bad Luck Baby, The Sky Is Crying, Buried Alive In The Blues, Fool Dancin', Feel So Bad restituent parfaitement l'osmose qui cimente ce band de fortune et sur lequel s'appuie Bloomfield pour lâcher les chevaux. Aucun membre ne faillit individuellement. Naftalin est un subtile pianiste de blues et certainement encore un des meilleurs aujourd'hui en activité. Nick Gravenites et Bob Jones, avec des arguments différents au chant, sont le complément idéal à la guitare de Bloomfield, artiste qui a pesé lourd sur l'orientation artistique de beaucoup de guitaristes et dont personne ne peut douter au vingt et unième siècle qu'il trône dans le top five des plus grands guitaristes de blues.