Retranscription fidèle du concert au Zénith, en décembre 2009, du rappeur modèle,
A Mon Public, sous son intitulé paternaliste, est une lettre d’adieu sonore de l’ex-MC prodige d’Ideal J, pionnier adolescent d’un rap incandescent, viré maître à penser et réfléchir à la suite d’une conversion.
Un sinistre fait divers, en forme d’embrouille violente dans un studio de radio lui a valu condamnation avec sursis, un comble pour celui qui prône depuis sa carrière solo dans les années 2000 le respect et la fraternité. Aussi il s’est décidé à quitter la scène pour un temps indéterminé, avant que les tristes événements d’Haïti (sa terre originelle) ne le confirme dans son envie de s’investir dans autre chose. Ce témoignage très proprement enregistré est donc une tranche de rap français dans ce qu’il a de plus palpitant, au sens d’un cœur qui remplit son office.
Démarrant par une version de plus de six minutes du « Retour du rap français », un de ses titres de bataille,
A Mon Public propose 15 morceaux de légende, empruntés à ses divers albums (5), comme « Réel », « Je représente » ou « Le combat continue part II ». En grand gourou de la Mafia K’1fri, Kery James a rameuté quelques lieutenants, vindicatifs sur « Thug Life ». Diam’s est percutante sur « Y’a pas de couleur », en parfaite osmose avec celui avec qui elle partage une conversation un tantinet… radicale ! AP et Rim’K du 113, Kool Shen, Demon One, Dry, Youssoupha, Medine, Tunisiano complètent un casting digne du festival de Cannes du rap Français.
Les albums live de rap deviennent une figure imposée pour ceux de nos rappeurs hexagonaux qui se sont vu adoubés à quelques reprises de disques d’or et de platine, ce qui est le cas de Kery James. Ils sont parfois superfétatoires, mais celui-ci est sincère dans sa conception. Il vient mettre un point (final ?) à une trajectoire qui en tout cas se clôt sur ce chapitre chaleureux, et le fait en gardant la tête haute, avec un gros son qui ne mange pas la pertinence du propos ni l’efficacité (légendaire) du flow rugueux du MC du 94.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story