Et maintenant, le grand écart, celui qui permet de débuter ce disque par une citation (in «
The Feeling ») de l’Electric Light Orchestra, ou de consacrer une autre mélodie à la période bleue de Picasso, puis d’asséner plus loin un péremptoire « Hey, shut the fuck up, boy/You are really starting to piss me off » (on évitera la traduction) : le cinquième album du trio d’indie rock suédois sanctionne peu ou prou l’abandon de la fixation sur les sixties, qui illuminait grâce à d’amples cascades de guitares millésimées Merseybeat leurs productions antérieures.
Mais conforte en revanche l’approche minimaliste des garçons dans le vent de Stockholm : quelques percussions (manifestement, ce sont les boîtes à rythme qui ont été programmées en premier, et conditionnent l’ensemble des chansons), l’acidité de guitares répétitives, et des vocaux aussi blancs que peuvent l’être les nuits de concerts, leur suffisent pour construire une pop glacée et retenue, et des histoires - usuellement - de séparation, de solitude, et de désespoir. Le groupe a manifestement décidé de liquider par une froideur expressionniste de chaque instant la légèreté de
« Young Folks », single qui, en 2006, l’avait intronisé futur espoir masculin sur la scène européenne.
En outre,
Living Thing ouvre béantes les portes de sa production à un electro irisé, et au déhanchement d’un dub reggae aussi moite que mécanique, et s’offre même un détour vers la tradition rythmique d’Afrique du Sud (la chanson-titre). L’ensemble est adorable (comment résister à
« Nothing to Worry About », sa chorale enfantine en ouverture, et ses tressautements harmoniques qui ravivent tout le bien que l’on pensait des Nits, et invitent à désespérément rechercher d’antiques albums d’Ultravox, ou à repérer quelques samples de Cabaret Voltaire et Suicide ?).
Mais il s’avère également romantique et synthétique (en fait, peu de chair parvient à se frayer un chemin au détour de chaque refrain). Et l’un parce que les autres.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story