Un livre écrit par plusieurs auteurs en coordination, spécialistes de différentes disciplines. L'Hexagone est plus boisé qu'il y a un siècle et on dit que la forêt a progressé: en fait on a planté... Mais il ne reste que 300 km² de forêt naturelle intacte: une misère par rapport à la surface boisée, 0.2%. Ce qu'on appelle forêt est souvent éloigné de la forêt naturelle. Ce peut même être un champ d'arbres, dont la diversité biologique et l'intérêt paysager l'apparente plus à la maïsiculture qu'à une forêt plus ou moins naturelle: la comparaison de ceci avec une forêt naturelle intacte, comme on peut encore en trouver quelques exemplaires éparpillés, surtout en montagne (Alpes, Pyrénées, Vosges), rarement en plaine (forêt de Fontainebleau, vallée du Rhin), est édifiante. Les auteurs font apparaître ainsi une gradation entre les extrêmes sur une échelle de naturalité. Celle-ci fait ressortir les forêts plus ou moins artificielles, plus ou moins dégradées, dépourvues de la diversité biologique, la valeur patrimoniale, l'ambiance d'une forêt primaire. Il semble que depuis les tempêtes de fin 1999, cause d'énormes dégâts, la gestion forestière s'est orientée vers une sylviculture tenant plus compte du fonctionnement des forêts naturelles, s'en inspirant même, en privilégiant plus qu'auparavant la régénération naturelle, la diversité des essences, en tenant compte de l'adaptation de celles-ci aux conditions de sol et de climat, en abandonnant la coupe rase (futaie régulière) au profit des prélèvements d'arbres échelonnés dans le temps en fonction de l'arrivée de l'âge d'exploitabilité (futaie irrégulière ou jardinée). La leçon des tempêtes a été tirée: les forêts d'une haute naturalité ont moins souffert que celles de faible naturalité. D'où un changement de mentalité en matière de gestion forestière. Il pourrait conduire à plus de naturalité pour beaucoup de nos forêts. Les auteurs insistent sur le bienfait de cette orientation des pratiques de la gestion forestière tenant compte des processus observés dans les forêts naturelles, mais aussi sur la nécessité de mettre en réserves intégrales les forêts naturelles intactes qui n'y sont pas encore et de créer de vastes réserves forestières d'où serait exclue toute exploitation forestière et où la forêt pourrait évoluer librement vers plus de naturalité, mais aussi se réinstaller et s'étendre. Ce livre est une approche pluridisciplinaire très vaste. Deux exemples illustrent cette étendue: un chapitre traite les enjeux économiques de la protection des forêts (coûts et avantages), tandis qu'un autre parle du ressenti en forêt naturelle (sentiment d'intemporalité, perception du cycle de vie et de mort). Encore un livre passionnant pour qui s'intéresse à la forêt naturelle. Pour le lecteur français il peut être l'élément central d'une série contenant deux autres ouvrages, du même éditeur (Editions Tec et Doc - Lavoisier): Ecologie des forêts naturelles d'Europe - Biodiversité, sylvigénèse, valeur patrimoniale des forêts primaires, par Annik Schnitzler - Lenoble, 2002, ainsi que: Bois mort et à cavités - Une clé pour des forêts vivantes, par Daniel Vallauri et al. (coordonnateurs), inclus: le CD-Rom du colloque, 2005. On passe ainsi de l'Europe à la France métropolitaine, pour aboutir à une vaste présentation de l'intérêt du bois mort, une caractéristique essentielle des forêts naturelles.