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Classique, ensuite, par l'écho fidèle que Raymond Queneau s'est ingénié à lui donner en français, utilisant les mêmes procédés de naïveté, le même naturel dans l'invraisemblance. L'aventure progresse de plain-pied dans le mythe, les créatures et les êtres étranges de la brousse se relaient sur le chemin du héros, dont la quête ne finira que quand il sera enfin revenu à son point de départ, sa demeure, et sa plantation de 560 000 palmiers, source inépuisable d'une ivresse quotidienne de vin de palme.
L'ingéniosité du narrateur, qui raconte son Odyssée à travers le monde sauvage, emprunte toutes les voies qui s'offrent à lui : ruse, force, surprise, gri-gri Il se sort de tous les mauvais pas, malgré les embûches et les souffrances. Amos Tutuola est l'Homère de la littérature nigériane : rassemblant les textes légendaires, les traditions orales, les aventures racontées aux enfants, il en construit une trame narrative originale, qui emporte son lecteur incrédule et séduit dans un rêve où le rationnel n'a plus de part, et qui transfigure les réalités africaines : la famine, les bêtes sauvages, l'organisation des villages.
Il faut s'y plonger comme dans un bain de jouvence, où l'on retrouve l'énergie lumineuse des chants des griots et la force de dépasser la fatalité pour accéder au bonheur. -- Khaled Elraz -- --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Un roman qui mérite les palmes,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : L'ivrogne dans la brousse (Broché)
« Amos Tutuola écrivain Nigérian d'expression anglaise, né à Abeokuta en 1920, décédé le 8 juin 1997. Il a été un des premiers auteurs africains à ne pas écrire selon le modèle littéraire européen. Ses romans s'inspirent des contes traditionnels yorubas. Ils sont écrits dans un anglais imparfait, très proche de l'oral. Cela a d'abord valu à Tutuola une critique sévère de certains de ses compatriotes qui pensaient que cela jetait un discrédit sur le Nigeria. Son succès l'a conduit par la suite à traduire ses ouvrages en yoruba. Ce roman, L'Ivrogne dans la brousse, a été publié à Londres en 1952. Il a été traduit en français par Raymond Queneau en 1953 et son auteur était si peu connu à l'époque que certains ont cru que c'était Queneau lui-même qui se dissimulait sous un pseudonyme. »La première phrase du roman « Je me soûlais au vin de palme depuis l'âge de dix ans » est presque aussi forte que l'entame de l'œuvre de Proust « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». Pour autant il n'y a aucun rapport entre ces deux écrivains ! Le narrateur se la coule douce, passant ses journées à boire du vin de palme, près de deux cents calebasses quotidiennement préparées par son « malafoutier ». D'emblée nous sommes plongés en Afrique, le « malafoutier » c'est celui qui récolte le vin de palme, boisson qui participe à la vie communautaire en Afrique (les veillées, les mariages, les causeries, les traitements spirituels et traditionnels, etc.) et le palmier en lui-même règle plusieurs questions socio-économiques et culturelles. Jusqu'au jour où cet expert en préparation du vin tombe d'un arbre et se tue. Le narrateur ne pouvant retrouver un si talentueux employé va se lancer à la recherche du mort qui désormais séjourne dans la Ville-des-Morts, « tous les gens qui sont morts sur cette terre ne vont pas au ciel directement, mais ils habitent dans un endroit quelque part sur cette terre ». Amos Tutuola nous donne sa version africaine de l'Odyssée car ce roman, finalement assez court, n'est qu'une suite d'épreuves endurées par le narrateur qui se nomme lui-même « Père-Des-Dieux-Qui-Peut-Tout-Faire-En-Ce-Monde » et sa femme qui l'accompagne dans ce long voyage à travers la brousse. Comme dans l'œuvre d'Homère, ils vont croiser des êtres mystérieux, des Dieux, des esprits malfaisants et d'autres qui vont les aider, avant qu'enfin après dix ans d'errance ils ne retrouvent leur village, leur Ithaque. De son côté le narrateur ne manque pas de moyens, féticheur il ne manque ni de gris-gris protecteurs ni de pouvoirs surnaturels qui lui permettent de se métamorphoser et qui ne seront pas superflus. Texte délirant qui j'imagine, mêle différentes légendes et croyances yorubas, plus proche du langage parlé qu'écrit, ce qui ne déroute pas moins que les récits ahurissants contés par l'écrivain. Il faut faire l'effort de s'extraire de nos mentalités d'Européens et se laisser porter par ces chants ' dans le sens de division d'un poème épique-, comme si nous étions assis en cercle sous le gros baobab qui pousse au milieu du village, à écouter le griot édenté nous raconter ces mythes alors qu'au loin un tam-tam hypnotique s'empare de notre esprit. Tout Blanc qui visite l'Afrique doit abandonner ses préjugés et ses repères s'il veut un peu en approcher la connaissance, la lecture de ce roman participe à ce genre d'expérience. Faites un effort et vous serez comblés, je dirais même remboursés, car 140 pages pour ce livre dans une collection de poche à prix modique, ce n'est vraiment rien pour un très beau voyage en Afrique. Sans la chaleur et les moustiques ! « Je passe trois ans avec lui dans cette ville, et voilà, durant ce temps, je préparais moi-même mon vin de palme, naturellement je ne pouvais en préparer la quantité que j'aurais aimé boire ; ma femme m'aidait aussi à le porter de la plantation à la ville. Au bout de trois années et demie passées dans cette ville, je remarque que le pouce de la main gauche de ma femme enflait comme si ç'avait été une bouée, mais ça ne lui faisait pas mal. Un jour, elle me suit à la plantation où je tirais mon vin de palme, et, à ma grande surprise, elle se pique le pouce qui enflait à une épine de palmier, le pouce se déchire soudain, alors voilà un enfant mâle qui en sort, et, à peine sorti du pouce, l'enfant commence à parler comme s'il avait dix années d'âge. » Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
4 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Entrez dans un monde de rêves (ou de cauchemars?)...,
Par C.S. (France) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Ivrogne dans la brousse (Broché)
"Je me sôulais au vin de palme depuis l'âge de 10 ans"...Amos Tutuola est un "planton" peu cultivé de Lagos. Son Anglais est très... "art brut". Son style est envoûtant et vous vous laisserez dans son univers onirique directement inspiré par la mythologie Yorouba. Un conseil: lisez-le dans sa version originale - quoique cette traduction de Raymond Queneau soit d'excellente qualité. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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