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4.0 étoiles sur 5
Revel est unique !, 9 octobre 2002
Revel est unique. Pendant la guerre froide, il fut seul, ou presque, à dénoncer la bêtise des politiques européennes (françaises en particulier) à l'égard de l'URSS; l'Ouest a gagné la guerre froide, non pas grâce à mais malgré l'Europe continentale. A l'heure de la menace islamiste et terroriste mondialisée, Revel est encore seul, ou presque, à dénoncer l'incurie, la vanité et la pusillanimité des Européens. Attentistes et "prudents" dans la lutte contre l'islamisme terroriste comme ils le furent dans la lutte contre le communisme et l'URSS, les élites européennes abandonnent par contre toute prudence et toute réserve quand il s'agit de communier dans l'anti-américanisme, avec une virulence d'autant plus courageuse et remarquable que les Américains sont nos alliés et qu'ils protègent l'Europe contre l'extérieur et contre ses propres errances depuis un siècle.Revel est unique encore dans le monde intellectuel francophone lorsqu'il constate "la haine pour l'Occident de la majorité des musulmans vivant parmi nous" (p. 129). C'est là une donnée de base d'une problématique que les Européens ont créée de toutes pièces et qu'ils devront gérer à très bref délai. Unique toujours Revel le libéral qui raille la Droite française, cette "droite" étatiste obsédée par l'idée de plaire à la gauche, cette droite de centre-gauche, incapable de réformer quoi que ce soit et qui jette ses électeurs déçus dans les filets d'une extrême droite tout aussi anti-libérale et anti-américaine. Il n'y a en France que des partis d'extrême-gauche, de gauche, de centre-gauche et puis d'extrême-droite. Bienheureux les Américains, les Britanniques, les Italiens qui ont la possibilité de donner leur suffrage à d'authentiques partis libéraux ! Revel est unique enfin dans sa description du mal français. Cet ouvrage montre, plus encore que les précédents (notamment l'excellent "Fin du siècle des ombres") que la France est, à maints égards, l'homme malade de l'Europe. Les maux français sont récurrent en Europe mais ils ont pris, en France, des proportions considérables : développement exponentiel de la criminalité sous toutes ses formes, multiplication des zones de non droit, hyperinflation de l'appareil étatique (six millions de fonctionnaires) et l'hypertaxation qui en est le corollaire nécessaire, sclérose de l'économie, flux migratoires incontrôlés, jacobinisme périmé, déséquilibres budgétaires, scandales étatico-financiers dantesques, corruption et discrédit des élites politiques jusqu'au "Premier Magistrat de France" (Revel parle de "monarchie bananière"), communautarisme exacerbé jusqu'à tolérer que des communautés vivent en marge de la légalité, déliquescence de l'enseignement à force d'idéologie et de violence, caractère irréformable de tout ce qui touche aux droits acquis, etc. Revel ne serait pas Revel si cette manière d'épitaphe du "modèle français" était énoncée sur un ton funèbre; "L'obsession anti-américaine" est au contraire truffé de passages amusants, par exemple lorsque l'auteur moque les lieux communs colportés par les élites françaises sur les Etats-Unis, ces élites qui dégoûtées par les soi-disant "working poors" américains restent fidèle au modèle bien français des "not working poors" ; l'idée que les adolescents américains "ne se rendent guère à l'école que pour ouvrir le feu sur leurs professeurs et leurs condisciples" (p. 143) ; "la pauvreté, telle est la plaie dominante des Etats-Unis" ; ce journaliste européen qui écrit à propos des attentas du 11/09 : "Que sont les vingt mille morts de New York (sic) à côté des millions de victimes que font chaque année les grands spéculateurs ?" ; à propos de l'intervention américaine au Kosovo : "Les Européens les remercient ensuite en les traitant d'impérialistes, tout en tremblant de frousse et en les qualifiant de lâches isolationnistes dès qu'ils parlent de retirer leurs troupes" (p. 43) ; Revel rappelle aussi le sort qui fut réservé par ses propres éditeurs au précédent ouvrage où il traitait de l'anti-américanisme ("Ni Marx, ni Jésus") : "Mon éditeur grec poussa le masochisme jusqu'à écrire lui-même (sans me consulter ni m'en aviser d'ailleurs) une préface où il demandait pardon à ses compatriotes d'avoir fait traduire et publier dans leur langue un tel tissu d'erreurs et d'imbécillités. (...) Mon traducteur italien parsema sa version de notes réprouvant mes idées" (p. 29), ... Bref, du grand Revel.
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