Amazon.fr
Fantastique ! Ce pavé de près de 800 pages est une sorte de météorite au carrefour du roman historique, du roman d'aventure, du récit de guerre et de l'histoire d'espionnage. Et, bien que située à l'époque de la Renaissance, le récit, par jeu de miroirs, n'est pas sans poser de vraies questions sur le monde actuel, le pouvoir et la quête du sens. Ce n'est pas un hasard : sous le pseudo de Luther Blisset se dissimulent quatre jeunes et talentueux écrivains italiens, agitateurs anti-mondialisation et désireux de faire voler en éclats les codes communément admis. Un exemple ? En préambule, ils autorisent et encouragent toute reproduction partielle ou totale de leur œuvre sur Internet "pour l'usage personnel des lecteurs et dans un but non commercial"... --Bruno Ménard
Le roman d'aventures, un genre en voie de disparition ? Une œuvre majeure comme Le Nom de la rose n'a jamais pu être égalée ? Il est quasiment impossible de mêler fresque historique et roman à thèses sociopolitiques avancées ? Détrompez-vous. Ce à quoi un auteur seul – hormis Maître Eco en personne – aurait difficilement pu prétendre, quatre jeunes romanciers italiens réunis sous le nom de Luther Blissett l'ont réalisé, pulvérisant tous les attendus et déjouant toutes les scléroses en dates d'une Histoire déifiée par les érudits comme "magistra vitae".
Du culot, il en fallait, autant que des connaissances incroyablement pointues, pour construire un roman d'espionnage en pleine Renaissance, aux confins des guerres de paysans, de la crise anabaptiste et des balbutiements chrétiens cadencés par les tortures de l'Inquisition. Pour faire apparaître des personnages fictifs aux côtés de Luther, Müntzer, Charles Quint, François Ier et autre Melanchthon. Ainsi, au cœur de l'intrigue, deux hommes s'affrontent en ourdissant conjuration sur conjuration dans une Europe à feu et sang : "Q", agent secret au service du cardinal Gianpetro Carafa dirigeant le Saint-Office et un capitaine aux identités multiples, expert en théologie comme en investigations. Feuilleton politique tirant à hue et à dia la crise spirituelle dont il s'inspire, L'Oeil de carafa parvient à captiver un lecteur d'emblée condamné à évoluer dans une époque fantasmée, une foi contestée, une violence oubliée.
Malgré des références exigeantes, voire élitistes, l'ouvrage séduit et emporte l'adhésion au fur et à mesure des lettres et scènes d'éclats qui l'émaillent. "Il y a un temps et un lieu pour lesquels tout a un début et une fin. Et il y a, en revanche, des choses qui reviennent", écrit le mystérieux "Q" dans son journal le 5 mai 1548. Comme les livres-phares dans la littérature. --Frédéric Grolleau
Urbuz.com
Sur fond de guerre de religions et de révoltes paysannes, on complote, trahit, trucide. Les identités sont réversibles, tous les coups permis : arnaques bancaires, terrorisme, propagande, tortures, massacres à grande échelle... Pour nos proto-hackers du 16e, lobjectif nest pas des moindre : faire vaciller le pouvoir des Charles-Quint, François Premier et du Saint Office. Enjeu : la libre expression et circulation des idées, jusque là monopole de Rome.
A mi-chemin entre la rigueur macabre dun James Ellroy et léclectisme savant dun Umberto Eco, Loeil de Carafa constitue un formidable kaléidoscope où, temps, personnages et trajectoires volent en éclats pour ne retrouver leur sens, où un semblant didentité, quau travers des multiples intrigues qui se trament sur un échiquier jonché de chausse-trappes. Cette question de lidentité est dailleurs, en creux, le point névralgique du roman. À force de se côtoyer, rebelles et bourreaux finissent par se ressembler, par perdre le fil de leur destin. Doù ce sentiment diffus, au milieu dune cavale riche en rebondissements, de la névrose qui gagne, dun piétinement funéraire, un air dApocalypse Now. Enfin, ce nest pas un hasard si ce récit semble faire, par un jeu de miroirs habile, la critique des grands pouvoirs médiatico-culturels contemporains. Sous le nom de son supposé auteur, Luther Blissett, se cache un groupuscule de quatre jeunes écrivains italiens dune moyenne dâge de 30 ans. Proches des mouvements anti-mondialisation, ils sont agitateurs, web-guérilleros, ennemis des sacro-saintes notions dauteur et de copyright, et, last but nos least, des conteurs nés !