Revue de presse
Alors même que son oeuvre en trois tomes Plus forte que le sabre est encore en cours en France, Hiroshi Hirata, maître parmi les maîtres dans le registre du gekiga, nous revient avec la Loi du Temps, recueil de quatre histoires courtes à travers lesquelles l'auteur aborde avec son style inimitable les affres du temps qui passe mais qui est salvateur pour les esprits en pleins tourments.
Ici, chaque histoire, ancrée à une période différente de l'ère Edo, toujours placée dans une réalité historique finement reproduite grâce à un sérieux travail de documentation, et inspirée de faits réels hormis la quatrième, prend le temps de dépeindre des personnages égarés ou en proie aux tourments. Qu'il s'agisse d'une jeune femme décidée à venger le meurtre de ses parents par le sabre, d'un scribe paisible observant patiemment les actes d'un premier intendant corrompu et égoïste, d'un survivant d'une brigade de jeunes samouraïs qui regrette de ne pas être mort avec ses compagnons, ou d'un homme exerçant son pouvoir sur les paysans de manière tyrannique, chaque héros va être soumis au poids du temps, qui finira par faire oublier les tourments ou par faire prendre conscience des fautes commises. Ici, le temps est salvateur, permets aux personnages de mûrir, d'évoluer. Et tandis que l'une prendra conscience que sa vengeance n'apportera que de nouveaux problèmes, un autre pourra se forger à travers les années pour finir par changer l'Histoire, ou un autre encore finira par surmonter ses problèmes et retrouver la force de vivre.
Le temps se ressent également d'un point de vue historique. En ancrant ses histoires à différentes périodes, Hirata peut mettre un peu en avant ce que les siècles ont pu apporter, ce qui se ressent notamment très fortement dans la troisième histoire, ancrée en pleine période d'industrialisation, alors que le Japon commence à s'ouvrir et à muter.
Apportant une nouvelle dimension à l'oeuvre de Hirata, le thème du temps est ici parfaitement représenté à travers le style unique de l'auteur. Comme souvent avec l'auteur, la narration, posée et portée par la forte présence d'un narrateur extérieur aux histoires, coule comme un passionnant récit historique. Les dessins, détaillés, sont francs, crus, ont pour vocation d'être réalistes et n'épargnent rien de ce qui pouvait se dérouler à l'époque. Et, bien évidemment, l'esprit du bushido, sans lequel un manga de Hirata ne serait pas tout à fait un manga de Hirata, est omniprésent.
En somme, La Loi du Temps, abordant de belle manière son sujet, constitue un one-shot abordable et d'excellente facture parmi l'oeuvre de l'auteur.
Côté édition, Akata/Delcourt nous offre un travail on ne peut plus satisfaisant. Le papier, la traduction et l'impression sont de qualité, les clés de compréhension sont peu nombreuses mais à nouveau très utiles, et quelques pages bonus nous proposent de découvrir les échanges de mails entre Hirata et son directeur éditorial pendant les deux années ayant servi à la création des différentes histoires, ce qui permet d'en apprendre un peu plus sur la genèse de celles-ci, mais également sur la manière de fonctionner de Hirata et de son éditeur, tout ceci confirmant la minutie du mangaka.
koiwai
(Critique de www.manga-news.com )
Biographie de l'auteur
Victime des bombardements, sa famille part s'installer à Nara où son père ouvre une boutique de pompe à eau. Hiroshi a six frères et sœurs et doit souvent sacrifier ses après-midi de classe pour aider son père au magasin. À l'époque, le manga ne l'intéresse pas encore mais il participe déjà au journal de son collège et voue une grande admiration aux illustrations des romans historiques, particulièrement celles de Kiyoshi Kimata.
Il n'a que 17 ans lorsque, à la mort de son père, il doit abandonner ses études pour subvenir aux besoins de sa famille. Il commence alors à travailler dans une entreprise d'équipement. Grâce à un ami du collège, il publie sa première histoire en 1958 Le Sabre tueur d'amour et de haine (Aizô-hissatsuken) dans la revue Mazô des Éditions Hinomaru-Bunko. La collaboration se révélant fructueuse, il fait paraître six autres histoires dans le magazine.
Fin des années 50, un libraire l'incite à lire "Endiguement de Horeki" qui raconte l'histoire du fief de Satsuma. Intrigué par cet épisode de l'histoire du Japon, il approfondit ses recherches et fréquente librairies et bibliothèques pour étoffer ses connaissances sur l'histoire du Japon. En 1965, il part pour Tokyo à la recherche de travail. À cette époque, il édite des nouvelles des romanciers Renzaburô Shibata et Norio Nanjô. Trois livres paraissent : "Zatoichi", "Histoire de Nisha" (Nisha-den) et "Rivière du Sang" (Chishio-gawa). Fin des années 1960, le gekiga est à la mode au Japon et deux de ses publications, "Misère de la voie du samouraï" (Bushidô muzan den) et "Ecole de sabre kanzashi" (kanzashi kenpô) remportent un grand succès.
Au début des années 1970, la carrière de Hiroshi Hirata prend un tournant décisif. Il devient l'incontournable auteur de gekiga, spécialiste de l'histoire du Japon et des samouraïs. Il commence notamment la série L'âme des samouraïs en 1969, Épouse à vie en 1972 et Prêteur de vie en 1973. Au début de l'année 1973, il voit deux de ses histoires édités en livres reliés et destinés à la vente : "L'âme du Kyudo" et "Prêteur de vie". C'est dans ce même mouvement qu'il s'atèle à une nouvelle série, "Satsuma Gishiden" en 1977 (série qu'il achève en 1982).
En 1978. il voit son œuvre exposée au Comic Convention de Saint Diego aux États-Unis Son travail sur "Satsuma gishiden" l'épuise et en 1983, il décide de faire une pause. Après une année de pause pendant laquelle il exerce le métier d'électricien, il commence une nouvelle série "36 stratégies de Kuroda". Depuis 1983, il ne cesse de travailler sur de nouveaux projets, il signe son autobiographie en 1990, "Histoire d'un père", et pousuit aujourd'hui son métier de gekiga-ka avec "36 stratégies de Kuroda" et "Le Nouveau prêteur de vie". Hiroshi Hirata est également un maître calligraphe reconnu.
(source akata.fr)