Un peu déçu par ce roman sur un beau thème, celui du retrait, de l'éloignement du monde. Tout est trop abstrait dans ce récit, les personnages, les paysages qui ont l'apparence d'une épure. Le personnage principal de Jean est, c'est le cas de le dire, trop "lointain", on n'adhère pas à cette fuite, à cette dérive à travers la France, puis l'Angleterre dans un emploi du temps qui parait tellement vide, vacant sans que le monde par sa beauté brute puisse remplir quoi que ce soit dans cet esprit morose et atone. Cet homme connait une sorte d'inappétence, de panne du désir, d'acédie qui nous laisse en dehors du texte. La jeune femme rencontrée par Jean n'arrive pas à imposer une présence ou ne serait-ce qu'une simple silhouette; ses laborieux bavardages en langue "djeune" sont davantage la volonté de l'auteur de dresser un état de délabrement du parler actuel qu'autre chose. Renaud Camus est bien meilleur dans son journal, ses essais sur la langue et l'art contemporains ou ses délicieuses visites de "demeures de l'esprit". Un livre inabouti qui ne remplit pas ses promesses. Ceci dit les inconditionnels de Renaud Camus trouveront là une prose d'une grande élégance et des réflexions coupantes sur le monde tel qu'il va...