car cet institut (une école privée sur les bords du lac Léman dans la banlieue proche de Lausanne) est le personnage incontournable d'un silence serein de ce très touchant roman, fondé dans les années 30 par le couple Alderson à Lutry, recueillant des garçons du monde entier, mettant le sport en avant dans l'idée des pensionnats britanniques... le fondateur est mort au début du livre et sa veuve avec l'aide de sa soeur a reprit le flambeau en cette rentrée de septembre 1959, des élèves ont fait défection, les comptes sont juste équilibrés, l'avenir semble incertain... on va passé dans de court chapitre de professeur en professeur qui ont tous trouvés refuge pour une raison ou un autre dans cette école, il y a la professeure d'italien (remplaçante pour quelques mois) qui a perdu son fils de 12 ans, qui en souffre, peu sûre d'elle, qui aura une histoire d'amour avec un bachelier, un américain philosophe proche du shintoïsme qui avait refusé de combattre les Japonais pour rester en accord avec lui-même et qui avait fait de la prison pour cela, un Turc qui a vécu à Istanbul alors qu'il était enfant les dernières années de l'Empire au service du sultan, lutteur émérite, beau et pourvoyeur de plaisir très sexué aux amis du sultan qui le choisiront, un français nationaliste qui s'est compromit avec les Allemands pendant l'occupation, la veuve d'un génial mathématicien allemand qui a eu le malheur de travailler pour le programme d'armement nazi, logiquement antisémite, perdant le peu qu'il lui reste dans les casinos, un juif viennois professeur d'université spécialiste de Hölderlin qui s'était exilé à la suite d'une remarque qui marquait le contexte terriblement inhospitalier des années 30 pour les israélites et qui passe ses nuits à traduire tout Kafka, un homosexuel vivant avec sa mère, amoureux d'élèves sans les avoir jamais touchés, photographiant le lac avec systématisme et perfectionnisme et talent... c'est très juste, merveilleusement sensible, précis, foisonnant, qu'il nous parle de danse, de foot, de cuisine turc, d'antisémitisme ou de nationalisme, des changements perceptibles ou imperceptibles influencés par la météorologie du lac, une marche dans les rues de Lausanne, de jalousie, d'amours contre-nature -autant féminin que masculin-... Tout est juste et enthousiasmant (ayant passé mes années d'adolescence dans une école privée lausannoise crée au début du XXe siècle, j'ai retrouvé dans ce roman -même si cela était vingt-cinq ans plus tard- avec un brin de nostalgie l'atmosphère familiale de mon école avec des élèves du monde entier privés de leurs parents, des professeurs d'un peu partout avec leurs vices et leur tocs, les conflits atténués, le culte du sport et ainsi de suite). Je le conseille.