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Racines africaines, 17 juin 2010
Dans un monde où de nombreux écrivains vivent loin de leurs racines, le retour au pays natal constitue un thème de plus en plus prégnant dans la littérature. Après le Haïti de Dany Lafferière (L'énigme du retour) et la Somalie de Nureddin Farah (Exils), c'est Véronique Tadjo qui raconte, dans un roman fortement auto-biographique, la Côte d'Ivoire d'aujourd'hui dans Loin de mon père. Un livre qui est comme une lettre à cet homme disparu dont elle découvre son esprit polygame, et de nouveaux frères et soeurs, par la même occasion. Le roman est court mais brasse une variété de thèmes impressionnante : quelle est la place de la femme dans la famille africaine ? Comment vivre entre deux cultures (Véronique Tadjo, comme son héroïne, Nina, a une mère française) ? Que représentent ses racines quand on vit exilée depuis longtemps ? Des questionnements d'autant plus douloureux que la Côte d'Ivoire, après la guerre civile, est un pays exsangue, en perte de repères et d'identité. Loin de mon père n'est pourtant pas un roman larmoyant, bien au contraire, c'est une tragédie-comédie, écrite avec beaucoup de recul et dans un style délié, qui dit la confusion, aussi bien des êtres que d'un pays entier, le rapport aux traditions ancestrales, la corruption du pouvoir etc. Un livre dense et lumineux, comme un témoignage au coeur d'un continent, l'Afrique, qui essaie de se frayer un chemin, escarpé, vers un semblant d'espoir en des jours meilleurs.
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Deux cultures, un même peuple, 2 novembre 2010
Voici l'histoire de Nina qui revient dans son pays d'origine (Côte-d'Ivoire) pour les funérailles de son papa, un médecin reconnu et apprécié de tous. Nina, qui a émigré en France, découvre un tout autre pays avec de toutes autres traditions que celles qu'elle avait connues lorsqu'elle fut enfant. En effet, la corruption et la cupidité générale qui règne autour des funérailles de son papa lui fait tourner la tête. De plus (surtout?), l'enterrement de son papa va mettre en lumière une seconde vie de celui-ci qui ne manquera pas de surprendre sa fille qui découvre non pas un père exemplaire comme elle le pensait auparavant, mais un être humain lambda avec ses qualités, ses défauts, ses doutes et qui a pris des décisions et agit de façon pas toujours compréhensible. Un excellent roman qui tend à faire réfléchir sur les comportements humains, et ce quelque soit la culture et l'endroit où il demeure.
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Fragment d'une personnalité, 25 mai 2010
Véronique Tadjo est une fine observatrice. Dans son dernier roman, Loin de mon père, son champ d'investigation est l'ancrage culturel, la tradition à laquelle elle donne une amplitude inhabituelle en l'exposant à une double perspective : l'individu et le monde. Le monde, c'est ce qui éloigne, qui transforme, qui donne à vivre une autre vie. L'individu, c'est ce qui reste gravé au fond de soi. Nina revient au pays pour organiser les funérailles de son père. Replongée dans des coutumes qu'elle croyait avoir oubliées, bercée par les notes du piano maternel qui ne résonnent plus que dans son souvenir, elle laisse revenir à elle son enfance, les lieux du passé, ses amitiés éteintes et même un ancien amour. Bilan dur, mais vrai, écrit dans un style sans concession et dénué de tout sentimentalisme, Loin de mon père livre en filigrane une autre analyse, celle d'un pays, la Côte d'Ivoire, qui vit de plus en plus mal sa fracture politique.
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