Voici un classique dans lequel le grand Vladimir Nabokov développe toute sa virtuosité. Le thème de la passion destructrice d'un homme d'âge mur pour une mineure y est mené d'une façon palpitante. Cette passion va crescendo, tenant le lecteur en haleine, emportant les personnages (le narrateur et Lolita) dans une cavale infernale jusqu'au désastre, inévitable et programmé: le destin, tragique, était écrit. C'est un très grand roman qui, s'il paraissait aujourd'hui, ferait certainement scandale et serait peut-être boycotté en raison de son sujet particulièrement sulfureux, mais c'est une véritable oeuvre d'art. Point de morale ici; pour ceux qui se demanderaient quel est le plus coupable, de notre vieux pédophile (malgré lui serais-je presque tenté d'écrire), ou bien de cette diabolique Lolita, la réponse est complexe. Et je ne pense pas d'ailleurs que la question soit ici pertinente.
En lisant d'un trait ce livre, j'ai ressenti la même accélération irrésistible qu'avec le joueur d'échecs de Stefan Zweig. Je conseille de lire plutôt en anglais si possible ce roman que Nabokov a écrit directement dans cette langue (certaines de ses oeuvres ont en effet été écrites en français, d'autres en anglais; le mieux est de se référer à la spontanéité de la version originale).