Portrait de la métropole qui en restitue l''animation fébrile et la solitude comme un vaste roman unanimiste, mélange de raffinement et de tournures plus familières qui donnent une voix aux anonymes, regard sur un monde dont, comme l''écrivain H. G. Wells, Vaughan Williams pressent qu''il est voué à disparaître, ' A London Symphony' est tout cela à la fois. Le résultat sonne par endroit comme une musique de film, mais c''est parce que ce style et ces tournures mélodiques ont été depuis copiées et imitées à l''infini. Mais c''est aussi une sorte d''image debussyste, qui intègre les mélodies à caractère populaire à un flux orchestral très dense.
Vaughan-Williams a ensuite pratiqué des coupures et ceci est le premier enregistrement intégral de l''œuvre telle qu''elle a été conçue à l''origine. Richard Hickox et le London Symphony (who else ?, a-t-on envie de dire) en mettent bien en valeur la richesse et le pouvoir de séduction. Bien sûr, le finale est un peu longuet, mais les longueurs font partie intégrante de l''univers romanesque, comme ici de l''univers symphonique. Imagine-t-on une grande ville sans des rues et des quartiers où se perdre ?
Il en va de la musique anglaise comme de la musique française, on parle poliment de 'chef-d''œuvre injustement négligé' quand souvent il s''agit de partitions tombées d''elles-mêmes dans l''oubli. Parmi les oeuvres orchestrales britanniques du début du XXe siècle, A London Symphony est à mon avis une des choses les plus intéressantes et aussi les plus sympathiques.