David Byrne, figure démissionnaire des Talking Heads, combo légendaire de la new wave new-yorkaise des années CBGB, parti en goguette en Andalousie, ramène de son séjour en terre espagnole 12 chansons truculentes. Cet ethnologue des musiques afro-latines, qui s'amuse avec son label Luaka Bop à faire le grand écart entre le trip folk Jim White et la tradition péruvienne de Susana Baca, a retrouvé au pays de Don Quichotte tout son savoir-faire de faiseur de mélodies pop. Imprégné d'instruments à cordes, de percussions, de samples biscornus et de gospel, Look Into The Eyeball baigne dans un cosmopolitisme luxuriant qui oscille entre soul, "Neighborhood", et techno-fandango, "Desconocido Soy", titre où Byrne, apprenti gringo, chante en espagnol en compagnie de Nrü de Café Tacuba. Le groove de Look Into The Eyeball, concocté avec quelques invités émérites, Sebastian Steinberg (ex-Soul Coughing), Greg Cohen (responsable des arrangements de "Black Rider" de Bob Wilson et Tom Waits) ou encore le Balanescu Quartet, est plus que contagieux. Bien loin de l'austérité de "In Spite Of Wishing And Waiting", commande de la compagnie de danse belge Ultima Vez, Look Into The Eyeball pourrait bien être le meilleur album de David Byrne depuis Rei Momo.