Il y a des bons disques, des disques intéressants, des disques importants, des jolis disques, mais peu de beaux disques, de ceux dont l'écoute procure un plaisir à chaque fois renouvelé et dont on ne lasse pas facilement. « Lookaftering » fait pour moi partie des beaux disques.
Elle, c'est Vashti Bunyan, folkeuse oubliée de la fin des 60's anglaise, retournée à la vie « normale » après un premier 33T « Just another diamond day », encensé par ailleurs sur ces pages par une spécialiste, fan également des Beatles et de David Bowie (non, non, sister, pas sur la tête, aïe, ...pas là non plus, ça va pas ?...).
Bunyan oubliée donc, jusqu'à ce qu'au début de la décennie, on la voit régulièrement citée par le velu Devendra Banhart, nouveau gourou des hippies new-age. Ou par les « grands espoirs » de la chose pop bruyante d'avant-garde Animal Collective ... Bâillements ...
La respectable sexagénaire a repris le chemin des studios où elle retrouve Devendra Machin et un de ses acolytes habituels Kevin Barker, le musicien classique allemand Max Richter, le génial arrangeur de Nick Drake Robert Kirby, et une palanquée de musiciens spécialistes d'instruments acoustiques (harpes, cordes, dulcimers, piano, vibraphones ...). Le tout pour un résultat dépouillé à l'extrême, dressant juste un écrin minimal pour la voix de Vashti Bunyan. Une voix incroyable, cristalline et voilée à la fois, se jouant avec une facilité déconcertante de mélodies pourtant compliquées. Compliquées mais évidentes, faisant ressurgir des sons, des ambiances médiévales, dans un domaine musical où peu se sont aventurés, Dead Can Dance étant le seul nom qui me vient à l'esprit.
Cette musique qui semble issue d'un autre temps, de siècles lointains, catapulte dans les années 2000 lais, motets et musique baroque. Vashti Bunyan en troubadour des temps modernes, réussit magistralement à faire du neuf avec du très vieux. Une voix pareille pourrait faire passer n'importe quoi, témoin ce « Wayward hum », où elle se contente de fredonner sur la trame de ce qui, avec des paroles, deviendra « Wayward », un des plus beaux morceaux du disque.
Et s'il fallait émettre une réserve, elle ne pourrait concerner que l'impression de répétition sur l'ensemble du disque, tous les titres étant construits de la même façon et avec une instrumentation souvent identique. Un tout petit détail négatif dans un océan de bonnes vibrations positives ...