Né en Ukraine avant l'effondrement du Bloc de l'Est, Youri Orlov s'installe aux Etats-Unis et travaille dans le restaurant familial avant de découvrir sa vraie vocation au début des années 80, en assistant à un règlement de comptes sanglant.
Audacieux et fin négociateur, il se lance dans le juteux marché du trafic d'armes et profite de ses contacts familiaux en ex-URSS pour rafler à bas prix tout le matériel militaire possible, qu'il revend aux quatre coins du monde.
Devenu intime des pires dictateurs, il devient vite un trafiquant international de haute volée. Les énormes sommes qu'il gagne lui permettent de conquérir la top-model qui l'a toujours fasciné, la belle Ava et mène ainsi, parallèlement à ses activités illicites, une vie de mari et de père idéal.
Multipliant les combines les plus risquées, Youri parvient cependant à échapper à Jack Valentine, le limier d'Interpol lancé sur sa trace.
Des luxueux immeubles new-yorkais aux palais des dictateurs africains, Youri joue de plus en plus gros. Convaincu de sa chance, il poursuit sa double vie sulfureuse, jusqu'à ce que le destin et sa conscience le rattrapent...
Après avoir traité des manipulations génétiques dans ''Bienvenue à Gattaca'' et de la réalité virtuelle dans ''Simone'', Andrew Niccol passe ici à la tragi-comédie réaliste en abordant l'univers du trafic d'armes. Le film annonce la couleur dès le début, on y suit une balle depuis sa fabrication jusque son arrivée dans un pays d'Afrique et la fin de sa course dans la tête d'un jeune Africain.
Ce film dénonce autant le trafic lui-même que le cynisme de ce type de commerce (''Vendre des armes, c'est comme vendre des aspirateurs : on passe des coups de fil, on prend des commandes. Je fournissais toutes les armées, sauf celle du salut. Je vendais des Uzi israéliens à des musulmans. Des balles communistes à des fascistes. Je n'ai jamais fait d'affaires avec Ben Laden : pas pour des raisons morales, mais parce qu'à l'époque il faisait des chèques en bois...''). Youri précise que lui ne tue personne, mais fait juste son métier, et qu'à part d'être un trafiquant d'armes il est exactement comme tout un chacun. C'est peut-être là ce qui dérange le plus, et on en vient à se poser des questions sur la nature humaine. Comment un homme ordinaire peut-il se lancer dans cette activité et rester impassible face à ses conséquences ? Bref le film est particulièrement noir et cynique.
Bien sûr tous les évènements du film ne sont pas arrivés à une seule et même personne, mais ce cheminement rend le film accessible. L'historique est bien expliqué sans être didactique, et on y comprend mieux comment certains Russes sont devenus milliardaires du jour au lendemain, et comment la fin de la Guerre Froide a produit le plus grand marché d'armes de tous les temps.
''Lord of war'' est mis en scène de façon magistrale, l'intrigue tient la route, les dialogues font mouche. Le casting est très réussi : malgré le fait que Nicolas Cage ait hésité avant d'accepter ce rôle d'antihéros aussi détestable qu'attirant, on ne pouvait imaginer mieux que lui pour incarner ce self-made man à contre-courant des stéréotypes hollywoodiens.
Jared Leto, qui retrouve ses habitudes de ''Requiem for a dream'', incarne avec brio Vitali, son jeune frère camé et psychologiquement fragile.
Ethan Hawke qui joue Jack Valentine, l'agent d'Interpol, avait déjà travaillé sous la direction d'Andrew Niccol dans ''Bienvenue à Gattaca'' et s'en tire toujours aussi bien. Enfin, mis à part le fait qu'elle ignore tout des activités de son mari, Bridget Moynahan est assez crédible dans le rôle d'Ava.
Andrew Niccol s'est inspiré de trafiquants d'armes réels pour créer le personnage de Youri Orlov, et tous les événements du film sont avérés. Aussi gros que cela puisse paraître, des hélicoptères militaires ont bien été déclarés en douane comme destinés à des interventions humanitaires, les paramètres d'enregistrement de certains navires ont bien été modifiés une fois en pleine mer, un trafiquant a bien été libéré des prisons américaines suite à de mystérieuses pressions, et les stocks d'armes soviétiques pillés après la chute de l'URSS... à titre d'exemple ce n'est pas moins de 32 millions de dollars d'armes qui ont ''disparu'' en dix ans rien qu'en Ukraine. Le film n'est donc pas complètement une fiction et, bien qu'aucun nom ne soit cité, on pourra également reconnaître le dictateur libérien Charles Taylor dans le personnage d'André Baptiste, mais celui-ci aurait très bien pu représenter n'importe quel tyran mégalomane du continent.
Le film a été difficile à monter du fait de son sujet brûlant d'actualité, et le financement d'autant plus difficile à trouver que le scénario a été soumis une semaine avant le début de l'invasion de l'Irak... Ce sont finalement des investisseurs étrangers qui ont osé parier sur le projet.
Le tournage a commencé à New York, puis s'est poursuivi dans les quartiers mal famés du Cap en Afrique du Sud, réplique idéale des scènes de rues de Monrovia, pour s'achever en République Tchèque par plusieurs scènes de paysages d'Europe de l'Est et dans une ancienne base militaire soviétique. Pour le tournage, Andrew Niccol a acheté 3000 kalachnikovs, pris contact avec des trafiquants réels, dont un particulier tchèque qui lui a loué à titre privé 100 tanks T-72 russes. Niccol a néanmoins dû avertir l'OTAN du tournage pour éviter que les images satellites fassent croire à la préparation d'une guerre.
Enfin, les chiffres de ''Lord of war'', déjà alarmants, sont désormais en dessous de la réalité car périmés : il n'y a plus une arme pour douze personnes sur la planète mais désormais une pour dix. Sachant que chaque minute dans le monde une personne meurt du fait d'une arme à feu et que dans la même minute 15 armes sont produites ce chiffre devrait encore prochainement se réduire...
Le pire est que les Youri Orlov restent des petits joueurs dans ce business, 90 % des ventes d'armes à feu étant contrôlés par les gouvernements. Le film s'achève par ce constat accablant : les plus grands marchands d'armes au monde (les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne)... sont aussi les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l'ONU...