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Lorsque lon se mêle décrire sur le voyage, ou de raconter sa vision de létranger, faudrait-il relire louvrage de luniversitaire palestinien Edward Saïd. Le portrait que nous prétendons dessiner de lAutre, nest en effet généralement quune plaisante caricature, voire la triste apologie de notre propre image. La lecture de Saïd aide alors à ne pas raconter trop de sottises
Dans son livre, Saïd étudie lorientalisme comme type de discours que notre société a tenu (et tient encore), sur lautre autant que sur elle-même. Certes, il sagit de ceux qui portent sur lhomme du Proche et du Moyen-Orient, musulman et arabe. Mais la pertinence de la méthode a fini par constituer la matrice de ce genre détude. Or cette histoire du discours sur lAutre est proprement édifiante : sa différence lui fut toujours refusée. De lorientalisme universitaire à celui de limaginaire, un seul mot dordre : taire lAutre. Même «positivement», son modèle aura été celui de lhomme blanc de Kipling. Etre blanc, depuis lors, nest pas autre chose que dentrer dans un processus dauto-confirmation. Il nous revient donc «naturellement» de définir lhumanité non blanche, de la penser, de la conter. Le style caractéristique des experts en Orient ne se retrouve-t-il pas jusque dans nos soirées diapos ? Dans cette rhétorique de jugements définitifs faisant suite à déblouissantes descriptions narratives
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Joël Jégouzo--
--Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Présentation de l'éditeur
D'Eschyle à Kissinger, de Marx à Barrès, l'Occident a tenu un discours sur l'Orient. Mais, puisque "l'Orient " n'existe pas, d'où vient ce discours et comment expliquer son étonnante stabilité à travers les âges et les idéologies ? " L'Orient " est une création de l'Occident, son double, son contraire, l'incarnation de ses craintes et de son sentiment de supériorité tout à la fois, la chair d'un corps dont il ne voudrait être que l'esprit. À étudier l'orientalisme, présent en politique et en littérature,
dans les récits de voyage et dans la science, on apprend donc peu de choses sur l'Orient, et beaucoup sur l'Occident. Le portrait que nous prétendons taire de l'Autre est, en réalité, tantôt une caricature, tantôt un complément de notre propre
image. L'idéologie orientaliste s'est échappée depuis longtemps déjà du cabinet des savants pour précéder Napoléon dans sa conquête de l'Égypte ou suivre la guerre du Liban. C'est de ce discours qu'on trouvera ici la magistrale archéologie, augmentée de la préface que l'auteur rédigea en 2003 pour le vingt-cinquième anniversaire de la publication originale de
l'ouvrage.