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214 peuples étudiés. 40 années de recherche. 10 ans de travail sur le thème de cet ouvrage dont 7 à l'écrire. Voici quelques données communiquées par Emmanuel Todd à la conférence qu'il donna, si amicalement, aux "Mercredis de la NAR" le 16 novembre dernier. Emmanuel Todd était en verve, heureux d'avoir terminé ce dur labeur, cette mission, retranscrite en quelques 600 pages denses (plus annexes), au tramé scientifique rigoureux, pétri de l'esprit de recherche anthropologique qui émerveille le profane que je suis dans les implications sociologiques et politiques qui en découlent. "L'origine des systèmes familiaux" dépasse et corrige les erreurs de son précédent ouvrage de référence, L'invention de l'Europe. Les passages synthétiques de l'ouvrage se découvrent dans l'introduction intitulée "de la fragmentation à l'unité de l'espèce humaine ou les mystères de la famille nucléaire", le premier chapitre "A la recherche d'une typologie" et au chapitre XII "Le Moyen-Orient ancien. La Mésopotamie et l'Egypte" et l'envoi.
Au commencement était la famille nucléaire, un système familial dans lequel les relations entre parents et enfants sont de type libéral - les enfants quittant le domicile parental dès lors qu'ils peuvent vivre de manière autonome.
Plusieurs sous-catégories sont distinguées notamment si elle est égalitaire (Bassin parisien dont "l'origine romaine est évidente" - p.386) ou absolue (anglais / que l'on retrouve dans l'expression du libéralisme anglo-saxon indifférent au principe d'égalité), à corésidence temporaire ou intégrée, prémices de la famille communautaire (p.73).
La famille égalitaire "s'intègre toujours à une unité d'ordre supérieur, la bande locale, plus ou moins stable. J'ai aussi souligné que les formes en apparence 'pures' de la famille nucléaire, dans l'Angleterre du XVIIème siècle comme dans l'Europe du début du IIIème millénaire, s'insèrent toujours dans une organisation sociale de substitution : communauté villageoise dépendant d'une grande exploitation dans le monde rural préindustriel, communauté régionale ou nationale multiforme dans le cas de la société actuelle, incluant les mécanismes du type Sécurité Sociale. Dans tous les cas, l'Etat semble une clef de voûte nécessaire." (p.74)

Comment Emmanuel Todd parvient-il à définir ce type de famille comme originaire de l'humanité ? En suivant le principe, hérité de la linguistique des années 1920, du "conservatisme des zones périphériques" (p.23). Prenez en image une pizza avec des taches sur les bords. Au départ, tout était uniforme. Puis, il est fortement probable que l'innovation parte du centre pour se diffuser progressivement épargnant ces taches. Les zones périphériques sont primitives. "Le nombre des occurrences, la clarté des résultats permettent de présenter comme une certitude le caractère périphérique et par conséquent archaïque, conservateur, des structures familiales nucléaires et bilocales." (p.97)

Les deux grands systèmes familiaux qui vont suivre le "nucléaire" sont la famille communautaire et la famille souche.

La famille communautaire "associe dans son plus grand développement domestique un père et ses fils mariés. Autorité du père, égalité des frères : les valeurs nécessaires au développement d'une idéologie communiste préexistaient à l'activité des agitateurs révolutionnaires (p.13) - ce que des différences régionales traduiront par des communismes distincts / famille communautaire de nuance verticale, russe, produira le bolchévisme (KGB), alors que la famille communautaire de nuance horizontale amènera un communisme différent dans les Balkans et en Italie (p.369). Emmanuel Todd soulignera à plusieurs reprises l'importance de la question militaire dans ce type d'organisation familiale, à propos notamment de l'irruption de ce modèle dans la Chine du Nord entre 127 AEC et les VII°-IX° siècles EC. "La Chine féodale connut l'une des civilisations les plus guerrières à ce jour, avec des activités militaires occupant 75% du temps entre 722 et 222 avant notre ère" - p.133-134. Avec le temps ce système rabaisse le statut de la femme. (p.153-155). Todd fait un aparté sur l'erreur de Jean-Jacques Rousseau : "Nous sommes ici à l'opposé de la séquence rousseauiste qui place l'égalité dans le passé le plus lointain et l'inégalité dans le présent le plus immédiat. L'histoire des systèmes familiaux suggère que la notion d'inégalité a été inventée avant celle d'égalité" (p.157)

La famille souche, "système à héritier unique fondé sur les principes d'autorité du père et d'inégalité des frères, prédominante en Allemagne et au Japon, a favorisé des idéologies et des mouvements autoritaires ethnocentriques dans le contexte de la transition vers la modernité." (p.14), s'accompagne toujours de "l'obsession hiérarchique" (p.134). "Père supérieur au fils, frère aîné supérieur au frère cadet, femme inférieure à l'homme, suzerain supérieur au vassal, différenciation de la société en ordres inégaux" - l'auteur précise dans le cas particulier de la Chine : le confucianisme, dont la création et les premiers succès datent de la période Zhou, est une idéologie typiquement souche." -p 133.
Emmanuel Todd relève que "l'association entre naissance des Etats européens et famille souche a été (...) une évidence de départ. La primogéniture émerge à la fin du X° siècle comme instrument d'indivision de l'Etat, un Etat qui va devoir de plus en plus coïncider avec une nation. La famille souche combine autorité et inégalité, valeurs bureaucratiques essentielles, et son idéal de continuité a été l'une des voies de passage vers l'Etat moderne. (...) L'histoire suggère que là où la famille souche a trop bien réussi dans le peuple, en Allemagne ou dans l'espace ibéro-occitan, l'Etat a cessé de s'étendre sur le plan territorial, comme si le principe d'indivision se trouvait complété par un principe de non-agrégation des petits Etats. Or la famille souche paysanne exprime le plus souvent un tel idéal : les fermes ne doivent pas être réunies, un aîné ne doit jamais épouser une aînée héritière. L'épanouissement de l'Etat eut lieu ensuite dans des espaces familiaux nucléaires en commençant par l'Angleterre et la France du Nord. Mais famille nucléaire absolue et famille nucléaire égalitaire étaient nées en partie en réaction à la forme souche qui avait initialement contribué à la naissance de l'Etat." -p.459

En terminant la lecture de cet ouvrage, dès la page 520, une belle surprise est réservée sur les systèmes familiaux en Mésopotamie. Quelle émotion partagée avec l'auteur en contemplant la photographie de la statuette de Nippur, qui remonte aux années 2700-2500 AEC, représentant une femme et un homme tendrement enlacés; au temps de la famille nucléaire :

"L'indifférenciation des systèmes de parenté européens, la nucléarité de la famille occidentale, le statut élevé de la femme sur les côtes atlantiques, ne sont pas, selon cette conception, le résultat d'une modernisation mais la survivance, sur la périphérie extrême de l'Eurasie, d'une forme anthropologique au départ universelle, nucléaire et individualiste, bilatérale et sexuellement égalitaire." (p.547).
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L'Origine des Systèmes familiaux est un gros livre d'environ 750 pages et même si on défalque la bibliographie, les notes, l'index, etc, il reste tout de même 600 pages. Ce n'est pourtant que le premier tome, celui qui nous intéresse le plus a priori, puisqu'il comprend l'Europe; je précise que, pour ne pas briser l'unité de l'actuel monde arabo-musulman, il comporte des pages sur l'Afrique du Nord, en particulier l'Egypte antique. D'autre part, c'est un ouvrage spécialisé, dont le titre informe exactement du contenu, purement anthropologique, ce qui l'oppose à plusieurs des ouvrages qui ont fait le succès d'Emmanuel Todd pour leur contenu politique, géopolitique ou économique, depuis La Chute finale La chute finale : Essai sur la décomposition de la sphère soviétique,La Chute Finale. Essai sur la décomposition de la sphère soviétique, jusqu'à Après la Démocratie Après la démocratie,Après la démocratie. On peut considérer que c'est la suite de La Diversité du Monde La Diversité du monde : Famille et modernité, titre qui rassemble les deux livres dans lesquels Emmanuel Todd avait développé la théorie des structures familiales et qu'il est préférable, mais pas nécessaire, d'avoir lu avant. Encore ces deux ouvrages avaient un intérêt philosophique évident puisqu'ils érodaient les prétentions des idéologies à l'universalité. La typologie assez simple de l'auteur dans ses travaux vieux de trente ans a aussi laissé place à un ensemble de critères et catégories singulièrement complexifié. Ces remarques faites, qui réservent l'ouvrage aux lecteurs intéressés par ces questions, entre lesquels je place la cohorte touffue des historiens et simples amoureux de l'Histoire, il faut tout de suite ajouter que Todd conserve les qualités de clarté et de pédagogie qu'on avait remarquées dans toute son oeuvre et qu'au début un peu d'ironie et d'humour pince-sans-rire pimente de temps en temps. Surtout, il construit son argumentation par sous-chapitres de deux ou trois pages, dont l'unité est réelle, pourvus de titres qui correspondent à leur contenu, et qui permettent au lecteur de lire sans inconvénients par brefs extraits, s'il ne peut le faire plus vite. Un lecteur normalement intelligent et de bonne volonté peut donc se plonger dans la lecture, parce qu'il ne devrait pas rencontrer d'obstacles insurmontables pour la poursuivre.

Dans la préface de La Diversité du Monde, justement, Emmanuel Todd annonçait que la localisation des systèmes familiaux, qu'il avait considéré comme inexplicable et de l'ordre du hasard, avait trouvé un début de solution avec la contribution d'un de ses amis, un linguiste nommé Laurent Sagart. Celui-ci avait tout de suite repéré que la position centrale en Eurasie de la famille communautaire (exogame et endogame) faisait supposer une innovation quelque part en Asie, diffusée progressivement dans la suite des temps, les autres types familiaux adoptant une localisation périphérique dans l'espace eurasien, comme dans des réserves provisoires. C'est le principe bien connu en linguistique du conservatisme des zones (ou aires) périphériques. Autrement dit, une innovation venue de la presquîle du Cotentin ou de Liège aurait plus de difficulté de s'étendre à l'espace francophone que si elle venait du coeur du Bassin parisien, même si Paris n'était pas capitale de la France. Mais à l'inverse, et c'est ce qui ouvre le plus de perspectives, tel fait linguistique ou culturel observé dans ces zones périphériques nous renseignera a priori davantage sur la réalité ancienne de tout l'espace français. Restait donc à approfondir la question dans les détails pour ce qui est des structures familiales, d'où ce nouveau livre. On comprend que c'était un travail de bénédictin.

Les faits établis par Emmanuel Todd ne sont nullement décevants, tant pour l'espace que pour le temps. L'histoire des structures familiales, leur localisation approximative à telle ou telle époque et la datation des changements anthropologiques en tel ou tel lieu ont été précisées d'une façon tout à fait révolutionnaire. La critique des méthodes de l'anthropologie, notamment dans l'introduction, permettra de relire Lévi-Strauss et d'autres de façon désillusionnée.

Reste une question évidente : le principe du conservatisme des zones périphériques est-il la clé qui permet d'ouvrir toutes les portes, alors qu'aucune serrure, ou presque, ne semble capable de résister à l'habileté de l'auteur ? Il arrive au lecteur attentif de douter de certaines affirmations, au moins provisoirement. D'autre part, la satisfaction idéologique de l'universaliste Emmanuel Todd de constater que la diversité des structures familiales n'empêche pas une probable unité de l'Homo sapiens sapiens dans le passé n'est-elle pas de nature à nous inquiéter ? Je dis tout de suite que cette méfiance a priori n'a pas lieu d'être, car la méthodologie du livre n'est pas affectée par les préférences de l'auteur. L'avenir des recherches nous dira si les conclusions de l'auteur tiendront où auront besoin d'être amendées. Le raisonnement de type centre-périphérie n'est de toute façon pas le seul argument employé et les faits ou documents historiques connus permettent de vérifier ou de préciser ce que l'étude de la carte se contente de suggérer.

REFLEXIONS APRES LECTURE (20 juillet 2012). Qu'apporte ce livre de plus déstabilisant ? Sans doute la constatation que la structure familiale et par suite la culture nationale de chaque communauté sont plus récentes que ce qu'on aime à se figurer. Car si les peuples souhaitent persévérer dans l'être, ils ont plaisir à s'imaginer semblables depuis des temps reculés. Or Todd nous ôte cette illusion bienheureuse. Il est choquant pour un Arabe - je l'ai expérimenté - d'imaginer qu'avant l'expansion de l'Islam, l'Egypte était un des peuples les plus équilibrés de la région en ce qui concerne les rapports hommes-femmes, autrement dit parmi les moins anti-féministes.

Todd lui-même, dans ses livres précédents avait imaginé que les Gaulois et, par chance, les Francs, étaient de famille nucléaire égalitaire; il avait d'ailleurs expliqué le succès historique des Francs en contraste avec l'élimination progressive des autres peuples barbares par leur mentalité égalitaire, qui facilitait l'intégration et l'assimilation des peuples conquis. Le même argument lui avait permis de dire pourquoi les Castillans et les Français avaient réussi à constituer des Etats qui ont dominé les populations occitanes, catalanes, aragonaises, basques, asturiennes et galiciennes, qui étaient de famille-souche. Or il constate que ni les Gaulois ni les Francs, ni les premiers Français n'étaient pénétrés des valeurs d'Egalité et de Liberté : plus exactement, s'ils ne croyaient pas à l'Egalité, ils ne croyaient pas non plus à l'Inégalité, ils ne se posaient pas la question.
Mais je n'ai donné que quelques exemples des réflexions que peut faire naître cet ouvrage qui révolutionne l'étude des mentalités.
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le 25 mars 2015
Dans ce livre Todd tente de retracer l’organisation de la famille pour Eurasie : Orient (Chine, Japon, Inde, nomade de Mongolie) Europe (Grèce, Rome) et moyen orient (Mésotopamie, Egypte). Il utilise pour ce faire le principe linguistique de conservation des zones périphériques. Une innovation linguistique (ex: abeille remplace abaye) tend à se répandre depuis son centre d'innovation vers la périphérie géographique qui conserve encore (ou plus longtemps) l'ancienne version. Il applique ce principe aux système familiaux pour retracer l'histoire et l'origine des système familiaux.

En voici mon résumé subjectif :

1er stade :
L’humanité en Eurasie commence avec ce modèle : les jeunes adultes s'affranchissent de leur parent et s’établissent en couple (non loin des parents) pour élever des enfants dès qu’ils sont adultes. Le dernier enfant reste avec ses parents et hérite de leurs biens. Cet avantage du dernier n’est pas ultime, car ce dernier a en charge ses vieux parents. Dans ce monde jeune et vide, il y a de la place et des ressources pour tout le monde. Le départ des ainés ne pose pas de problème. C’est un modèle libéral (pas d’autoritarisme, les enfants quittent leur parents) et inégalitaire. Ou plutôt un modèle indifférent à l’égalité. C'est un monde relativement féministe car la valeur familiale la plus importante est le couple conjugal qui produit les enfants... Même si, en absence d’état organisé, les parentelles vivent proches et s’entraident voir co-résident ensemble. L’ensemble de l’humanité (de l'Eurasie seulement ?) est passé par ce stade. L’Angleterre et leurs petits enfants américains actuels, très périphériques par rapport aux cœurs du monde, et où l’histoire est très récente (500 ans d’histoire aux USA, 1500 ans en Angleterre contre 5000 ans en Chine, 4000 ans en Inde et 6000 ans au moyen orient) sont proches de ce stade d’organisation primitif de la famille (plus libéral qu'à l'origine car les états organisés suffisent à assurer l'autonomie complète des jeunes couples).

2ème stade :
Les hommes se multipliant, le monde devient plein. Les humains ne peuvent plus s’établir ailleurs sans rencontrer d’autres humains. Il y a localement épisodiquement surpopulation entrainant des famines, et/ou des épidémies. A l'issue d'une famine ou d'une épidémie catastrophique, les sociétés sédentaires inventent alors les unes après les autres la famille souche, autoritaire et inégalitaire (Ainsi, l'Irlande a ainsi basculé en famille souche au milieu du 19ème siècle, après la grande famine). Le patrimoine n'est pas divisé : un enfant est privilégié. En général, c'est le fils ainé qui est privilégié (Allemagne, Japon, France médiévale, Chine antique,...) mais ce n'est pas toujours le cas. (L'enfant privilégié peut être l'ainé quel que soit son sexe (basque), le dernier fils, ou encore la dernière fille (Malaisie)). Cet enfant privilégié va hériter, se marier et faire des enfants. Les autres enfants (cadets en général) vivent leur vie mais n’ont pas de ressources pour se reproduire : ils deviennent religieux, soldats, ou/et restent célibataires. La population se régule alors de cette façon dans un monde plein.
Sous ce régime, le statut de la femme s’abaisse modérément. Le couple conjugal perd en importance (on vit chez les parents du mari... tant qu'ils vivent) ce qui déssert les femmes. Car le plus important, en famille souche, c'est le patrimoine cad la terre. Or, lorsque la famille n’a pas de fils, ce qui se produit naturellement dans 20% des cas, une fille hérite et dispose des biens de sa famille. La femme conserve donc un certain pouvoir économique. Ce sont les femmes qui quittent leur famille pour rejoindre leur mari (et leur beau père) dans 80% des cas. Mais 20% des femmes, celles qui n'ont pas de frère, conservent le patrimoine et c'est alors le gendre qui se déplace et va vivre grâce aux biens de sa femme. Todd parle de patrilinéarité de niveau 1. L’Allemagne et le Japon actuels, relativement périphériques en Eurasie sont dans ce schéma.

3ème stade :
Des nomades copient ce modèle autoritaire patrilinéaire, mais ils y ajoutent l’égalité des frères. Les frères sont soumis à l’autorité de leur père mais chacun héritent à égalité et chaque frère peut se marier. Un même ménage comprend plusieurs frères mariés, éventuellement de générations différentes. C'est la famille communautaire, autoritaire et égalitaire. C’est une innovation militaire importante car la société devient un clan soudé, une armée organisée dans le civil. Cette société est militariste, souvent surpeuplée et prend l’ascendant sur les sociétés moins organisées et moins soudées. Prenant le pouvoir par des voies militaires, cette société s’impose du haut de la société en conquérant par la force des sociétés plus atomisées et donc plus faibles. Si la conquête réussit (l'Inde a été souvent conquise par les nomades) la société conquise (sédentaire) copie à la longue son élite au pouvoir et adopte son modèle familial autoritaire et égalitaire. Si la conquête échoue, la société sédentaire copie l’innovation militaire nécessaire à la survie. Dans ce régime, en cas d’absence de fils et de présence de fille au décès, l’héritage ne va pas à la fille mais passe au frère du défunt (ou au(x) fils du frère). La femme n’hérite donc plus jamais, n’a plus de ressource et elle quitte systématiquement sa famille d’origine. Le couple conjugal ne compte plus guère et les parents, les frères deviennent plus importants que le conjoint (du moins tant que les parents de l'époux sont vivants). Privée de ressource et quittant sa famille d’origine au profit d’un clan étranger, le statut de la femme s’abaisse donc. Todd parle d’une patrilinéarité de niveau 2. La Russie est actuellement dans ce schéma familial.

4ème stade
Après un millénaire à ce régime et le statut de la femme s’abaisse encore. Non seulement celle ci est un meuble qui se déplace de la famille du père vers la famille (le clan) du mari, mais les épouses sont bien plus jeunes que leur mari et on commence à mutiler ou cacher les femmes (pieds bandés en Chine, voile au moyen orient, infanticide féminin en Inde). Todd parle d’une patrilinéarité de niveau 3. Les sociétés chinoises, indiennes et du moyen orient (c’est à dire les sociétés les plus vieilles, les trois noyaux de l'Eurasie) en sont là.

Ensuite, vers le 5ème siècle de notre ère, les arabes adoptent le mariage entre cousins en privilégiant le mariage des enfants de 2 frères. D’après Todd, cette innovation adoucit la terrible condition féminine. Les femmes n’ont en effet aucune ressource et très peu de droit en régime patrilinéaire de niveau 2 et 3. Avec cette innovation arabe, la femme ne quitte plus sa famille pour rejoindre un clan d'étranger (comme en Chine en Russie ou en Inde) où elle y est maltraitée la plupart du temps, mais va vivre chez un oncle ou une tante, épouser un cousin (idéalement, l’oncle privilégié est le frère de son père, cad l’égal de son père) et son sort est y plus doux. Le succès de l’islam, religion des arabes, transmet cette particularité au monde musulman (pas immédiatement : les musulmans récents d'Europe ou d'Asie sont rarement endogames, les musulmans les plus purs et durs le sont avec jusqu'à 60% des mariages qui ont lieu entre cousins germains (contre moins de 1% en Europe où le mariage entre cousin est un tabou et environ 8-10% en régime naturel. (Régime naturel : lorsque la question du mariage entre cousin est ignorée, cad que cette question de mariage entre cousins n'est ni taboue comme en Europe, ni privilégiée comme dans le monde musulman.)).

A noter que localement, en périphérie de la patrilinéarité, des sociétés résistent aux envahisseurs étrangers patrilinéaires en réaffirmant leurs valeurs, parmi lesquelles l’équivalence des sexes primitif, voir se distinguent en inventant la matrilinéarité. Ainsi, la Malaisie résiste à la civilisation patrilinénaire chinoise en imposant le pouvoir des femmes et celles ci y dominent encore. De même, l'Egypte a résisté plusieurs millénaires à la patrilinéarité des envahisseurs venus de l'Est (Mésopotamie (Irak actuel)) ou du nord (Grèce, Rome…) en affirmant son "féminisme" national. Mais l'Egypte a fini par rentrer dans le rang des régimes patrilinéaires après la (récente) conquête arabo-musulmane.
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le 26 décembre 2012
Un ouvrage extrêmement dense, complet, qui demande un vrai effort de lecture,parce que toutes les cultures ne sont pas aussi bien connues les unes que les autres...Mais une révélation, des clés pour comprendre le monde...Une bonne synthèse des travaux de Todd depuis de nombreuses années, avec parfois une mise à jour de données plus anciennes. Très intéressant.
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le 18 août 2014
Ce livre se présente comme une vaste fresque historique de l'institution familiale dans sa très grande diversité à l'échelle de la planète. L'ambition est double: rendre intelligible la diversité et la répartition géographique des systèmes familiaux et démontrer que la famille nucléaire est la forme la plus ancienne de l'humanité. Ce Tome 1 est consacré au bloc Eurasiatique, le Tome 2 s'établira en Amérique, Afrique et Océanie.
Le projet est immense, à la hauteur des apports scientifiques de l'auteur depuis les années 80. L'Origine des systèmes familiaux donne une origine commune à l'humanité et réunit l'ensemble des peuples de la terre dans une seule histoire. Notre auteur se mesure tout simplement à Charles Darwin lui-même. Il n'est point question de sélection naturelle mais de donner un sens à l'évolution de l'humanité à travers l'institution familiale, lieu de rencontre de la nature et de la culture humaine.

Rappelons comment Darwin justifiait son hypothèse: "Dans les recherches scientifiques, il est licite d’inventer une hypothèse quelconque, si celle-ci explique de grandes classes de faits indépendants, on élève au rang de théorie bien établie. Si le principe de sélection naturelle explique bien ces grands ensembles de faits, il doit être accepté"

L'hypothèse familiale qu' Emmanuel Todd développe depuis quatre décennies explique pour l'essentiel de grandes classes de faits indépendants, il faut donc l'élever au rang de théorie bien établie !!
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le 4 décembre 2013
à lire absolument, c'est bien meilleur quand il tient seul la plume, cela mérite de s'investir dans la lecture car on a une autre vision des familles après...
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le 17 avril 2012
Un ouvrage "fouillé", on sent que l'auteur maîtrise son sujet. Le problème c'est que dès le départ l'auteur utilise le lexique anthropologique sans donner véritablement d'explication à celui-ci(ou alors je suis passé à côté et c'est dommage pour moi). La lecture a été très peu agréable dans la mesure où j'ai été perdu en quasi-permanence, et c'est dommage parce qu'on sent qu'on passe à côté d'idées qui ne sont pas si compliquées que ça. A titre personnel, je pense qu'avant de se lancer dans la lecture de ce livre il vaut mieux passer au préalable par la lecture des premiers livres de Emmanuel Todd afin de mieux comprendre et de saisir l'idée du livre, sans compter le nombre de renvoi que l'auteur fais à ces/ses livres. La note basse ne provient donc pas du livre, mais de mon fait, celui de m'être lancé dans la lecture en étant profane à la matière anthropologique
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le 18 novembre 2011
Emmanuel TODD donne à comprendre l'évolution des familles en fonction des conditions géographiques et historiques d'un pays ou d'une contrée.
Dans les détails, c'est les paragraphes sur les familles chinoises, indiennes et moyen-orientales qui m'ont le plus intéressé avec entre autres les descriptions des familles où le statut des femmes passe de respecté à dégradé...
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le 17 janvier 2012
C'est probablement, dans le foisonnement littéraire de Todd (foisonnement plus que polémique), un ouvrage, certes très universitaire, mais qui mérite une lecture attentive. Cela ne va exciter les foules, mais c'est assez bien fait.Il faudrait quand même demander à Todd qu'il se calme quand il intervient dans les médias, car ses prestations sont fondamentalement ridicules.
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le 31 mars 2012
QUEL EST L'INTERET POUR UN LECTEUR QUI VEUT COMPRENDRE L'AME DES POPULATIONS DES GRANDS ENSEMBLES DES REGIONS MONDIALES. IL EST INTERESSANT DE SAVOIR LA DIVERSITE. MAIS CELA NE DONNE PAS LA COMPREHENSION DES GRANDES NATIONS MODERNES.
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