Dans l'espace malheureusement restreint de la SF francophone, on a la chance de compter quelques étoiles de première grandeur, parmi lesquelles Pierre Pairault, qui (un peu par jeu) se lança dans le genre sous le nom de Stefan Wul. Il fut adapté deux fois au grand écran par René Laloux, la première fois pour "Oms en série" ("La planète sauvage"), la seconde ("Les maîtres du temps") pour la nouvelle principale du présent recueil. Amené à l'auteur par ce dernier film, j'ai eu le bonheur de découvrir un orfèvre en univers originaux, fascinants et crédibles à la fois. Une écriture légère, captivante, d'un style qu'on ne trouve plus aujourd'hui, mais peut-on réellement dire : "ça date" ? Cela date sans doute si l'on considère que bien des auteurs actuels semblent obnubilés par le présent, et tentent toutes sortes d'extrapolations dans le futur - afin d'être reconnus par les générations de ce même futur comme "maîtres anticipateurs" ?
Wul se contentait de raconter de belles histoires dans des mondes lointains, et il y injectait une dose massive d'imagination - avec ce qu'il faut de science et de poésie en complément. L'évasion est immédiate, comme l'émotion qui m'a de nouveau étreint en lisant la conclusion de la nouvelle (d'ailleurs, quoi qu'ait pu en penser le regretté René Laloux, la fin de "L'orphelin" est autrement mieux construite que sa variante des "Maîtres du temps", même si j'aime beaucoup le film). Chacun a évidemment ses préférences en matière de science-fiction ; les miennes ont trouvé satisfaction dans le subtil équilibre distillé par l'auteur.
En conclusion, que dire sinon vous inviter à lire et relire Stefan Wul ? Je confirme, ce bouquin-ci est une très bonne entrée en matière.