Lost Channels est le quatrième album des Great Lake Swimmers, il ressemble comme deux gouttes d'eau calme à chacun de ses prédécesseurs, et c'est celui que vous allez acheter. Pourquoi ? C'est mystérieux. A certains groupes il faut de la persistance en plus du charme. Tony Dekker est un garçon discret et sensible. A aucun prix il n'aurait fait irruption dans votre salon en jurant qu'il allait tout casser. Chemise à carreaux, mine taciturne, chant doux, mélodies ouatées.
Six ans après, vous réalisez qu'il est toujours là et que si sa musique a parfois une fâcheuse tendance à partir en volutes ou à se confondre avec certains de vos disques préférés, rien des Great Lake Swimmers ne sonne creux. Lost Channels a le bon goût d'offrir une entrée sonnante et irrésistible : une merveille de folk-rock enchanté, Palmistry. Après, c'est simple, il n'y a plus pour Dekker et ses boys qu'à tirer sur le fil en variant les tempos, et pour l'auditeur à se pelotonner.
Au bout des douze stations, si vous voulez faire plaisir à Tony Dekker, dites-lui qu'il a une voix de « grievous angel ». C'est le titre d'un album sublime de son idole, Gram Parsons. Si vous pensez à Neil Young, il ne vous en voudra pas : les GLS viennent de l'Ontario, ont leur base à Toronto. Si vous vous contentez de rêvasser, leur musique est idéale. Elle coule, cascade, rafraîchit, entête. The Chorus in the underground, Unison falling into harmony... même les titres ici ont de la gueule. Satisfait ou remboursé.