Longtemps, en Europe, le roi des animaux ne fut pas le lion mais lours. Dès les premiers temps du christianisme, lEglise sefforça de faire descendre de son trône lours. Comment ? Dabord en le diabolisant : lours avait alors tous les vices (colère, violence, luxure, goinfrerie, envie, paresse, sottise). Puis en le domptant. Ou encore en le ridiculisant, en le transformant en bête de cirque. Enfin, à partir de lépoque carolingienne, lEglise a voulu promouvoir le lion, qui était déjà le roi des animaux pour des peuples de la Bible. En interrogeant les sources de natures diverses (lexiques, noms propres, documents archéologiques, etc.), le livre retrace lhistoire de cette désacralisation de lours et de son remplacement par le lion sur le trône animal. M. Pastoureau ne sarrête pas à laube de la Renaissance mais étudie un certain nombre de survivances de lancienne dignité royale de lours dans lEurope moderne et contemporaine. Le livre se termine par le chapitre sur lours en peluche qui, plus que tout autre, met en valeur la remarquable dimension anthropomorphe de cet animal : de même que lhomme du Paléolithique partageait sa caverne avec lours, de même lenfant du XXIe siècle partage son lit avec un ourson, son double, son frère, son dieu. Comme toujours avec Pastoureau, un grand livre dhistoire qui mêle avec bonheur érudition, anthropologie et histoire.
--Ce texte fait référence à l'édition
Poche
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