Attachants parce-que leur histoire a fait un arrêt au crématorium, parce-qu'ils ne sont pas la survie végétative de Joy Division mais sa transfiguration, mais surtout parce-que leur musique a su longtemps conserver la fraîcheur de leurs débuts foireux, le minimalisme des punks, les New Order sont la preuve qu'avec beaucoup de talent, la technique peut rester secondaire.
Mais aussi parce-qu'ils étaient plus marrants et plus sincères que la plupart des corbeaux/ketchup de leur triste époque, c'était eux les vrais disc-jockeys de nos boites d'ennui.
Il y a plus de musique pure dans leurs 3 premiers albums ( Movement, 1981, Power, Corruption & Lies, 1983 et 'Low-life', Mai 1985) que dans le reste de la production pop des années 80, et, par exemple, sur In Between Days ce sont les Cure qui ont copié New order et pas l'inverse (The Head on the Door est sorti en Août 1985, soit 3 mois après 'Low-life', cher collègue commentateur).
L'utilisation massive des sons en plastic japonais -- quoique rarement employés aussi intelligemment jusque-là -- ne fait jamais qu'ouvrir la voie aux vraies divas de ce disque que sont les guitares de Barney et Hookie et la batterie de Stephen Morris.
L'intro et les couplets synthés de This time of night sont striés d'éclairs de guitare et préparent le suspense dramatique d'un sublime refrain. L'auditeur sentimental se demandera à qui sont adressés ces déchirants « Without you I'm going insane »?
Quelle facilité et quelle efficacité dans Sunrise! Il devait faire bien froid à Macclesfield pour que ces gens aient eu besoin de se réchauffer de cette manière. Ils affichent ici une franche autorité et confirment leur main-mise sur les dance-floors.
Elegia est étonnamment mauvais, ou bien trop subtil pour moi.
Sooner than you think est une réussite. Stephen Morris est le grand instrumentiste de ce morceau; il soutient et relance constamment le chanteur et s'efface délicatement pour les solos. Une cohésion touchante sur ce titre trop court.
On a beaucoup chicané sur Sub-culture. Je donnerai donc aussi mon avis. Il n'y a pas énormément de chansons qui peuvent satisfaire à la fois les exigences du disc-jockey et celles du malade tout seul dans sa chambre, casque vissé sur les oreilles un triste samedi soir. Et puis quand on était trop bourrés pour danser, Sub-culture même à écouter ça valait la peine. De la musique pour le plaisir? Et alors?
The perfect kiss, sorti en simple à l'époque, reste énigmatique. Il dévoile d'autres charmes sur la version maxi, qu'on trouve sur des compils (Substance 1987) du groupe.
Pour moi 'Low-life' c'est du tout bon, mais conseiller ce disque en 2008 à des habitués de 'arennebi' équivaudrait à évoquer le pétrole brut aux adorateurs d'Eole.
Sur le plan technique, la version cd que je possède (QWEST 1985) laisse à désirer.