Étrange machin cinématographique que ce Lucky Luke.
Retrouver Jean Dujardin et James Huth (déjà réunis sur
Brice de Nice) avait suffisamment de quoi faire de cette adaptation live le blockbuster français le plus improbable de 2009. Parce que Lucky Luke en lui-même ne recèle que peu de potentiel cinématographique : flegmatique, nettoyant le danger d'un coup de feu fulgurant, n'existant que par ceux qui lui font face un peu à la manière d'un Droopy qui, sur la longueur, finirait par devenir fadasse. Le dessin animé
Daisy Town avait parfaitement figuré cela, où le cow-boy solitaire était déjà en retrait, stoïque, presque fantomatique ; et tout le fond cynique de l'humour de Morris et Goscinny était mis à nu.
Contre toute attente, James Huth et Jean Dujardin (qui co-signe le scénario) adresse un superbe doigt d'honneur aux puristes de la BD et balaient d'un revers de la main tout repère ou facilité (pas de Dalton, ni de Rantanplan). Pour donner une crédibilité au personnage ici incarné par un acteur de chair et de sang, il fallait le mettre en danger, mettre son corps à mal, jouer sur l'ambiguïté de cette fameuse chance... ainsi, les auteurs prennent le pari risqué de s'attarder sur la psychologie du personnage et ses traumas.
D'abord décontenancé par un tel traitement
aussi référencé, on se laisse entraîner dans ce délire où l'hallucination laisse la place à la désillusion. Jolly Jumper devient une sorte de Jiminy Cricket que seul le héros peut entendre (très belle idée), la légende de l'Ouest se retrouve dépassée par sa propre image rappelée sans cesse par un Jesse James adepte de Shakespeare (interprété par un Melvil Poupaud illuminé plus que jamais depuis
Speed Racer)...
Perte des repères, illusion, faux-semblants... on navigue entre plongée introspective à tendance humoristique (quand même!) et western de carton-pâte. Le film de cow-boys décomplexé à la française n'est toujours pas arrivé mais qu'importe : ne reste que ce sentiment d'égarement serein à la fin du film...
Et si Lucky Luke était un héros bien plus moderne qu'on ne le pense?