Tourné en Technicolor (ce qui était rare alors en France) en 1952, ce long-métrage est avant tout un beau livre d'images qui illustre les méfaits des cruels et licencieux Borgia à la tête de Rome et de l'Italie au XV° siècle et qui réussirent à faire l'unanimité... contre eux !
En 1492, l'espagnol Roderic de Borja, devenu Rodrigo Borgia en Italie, est élu Pape sous le nom d'Alexandre VI. Neveu du Pape Calixte III (de son vrai nom Alfons de Borja), qui régna de 1455 à 1458 et fut suivi sur le trône du Vatican par Pie II, Paul II, Sixte IV et Innocent VIII, Rodrigo Borgia fut Pape jusqu'en 1503.
Ce 'Saint-Père' avait eu plusieurs enfants dont Jean, l'aîné, un prince frivole et efféminé encourageant les arts, et César, un prince particulièrement ambitieux qui voulait unifier l'Italie et pensait que le sang allait de pair avec la politique et sut notamment se servir de sa jeune et jolie s½ur, Lucrèce, pour nouer, puis dénouer les alliances dont il avait besoin pour asseoir sa puissance sur une Italie qui était loin encore d'être unie.
Conseillé par Machiavel, auquel il servit de modèle pour son 'Prince', César, qui n'ignorait rien de l'art d'arriver au pouvoir et surtout de s'y maintenir, et qui pensait que ce qu'un premier César avait réussi à faire, un deuxième César devrait pouvoir le refaire, maria successivement Lucrèce à Giovanni Sforza (qui fit tomber le Duché de Milan dans l'escarcelle de César), Alphonse d'Aragon (qui lui apporta le Royaume de Naples), puis Alphonse 1° d'Este (Duc de Ferrare, Modène et Reggio d'Emilie). Assassin de son propre frère aîné, d'Alphonse d'Aragon ainsi que d'amants occasionnels (un sculpteur, un soldat, un domestique, etc.) de sa lascive s½ur (morte à l'âge de seulement 39 ans en 1519 en mettant au monde son huitième enfant), le cruel et perfide César fit régner violence et peur au nom de la Papauté sur une Italie qui n'en demandait pas tant.
Le seul qui osa s'opposer officiellement aux Borgia, fut le moine dominicain Savonarole (Antonin Artaud) que le Pape fit excommunier, pendre, puis brûler en place publique...
Dans ce film de Christian-Jaque (une coproduction franco-italienne dans laquelle n'apparaissent ni le Pape, ni le fils aîné de celui-ci, ni Savonarole), qui avait épousé la superbe Martine Carol (révélée par 'Caroline chérie' de Richard Pottier en 50 et qui fut en quelque sorte la pré-Brigitte Bardot) en 54 et s'appliquait à trouver des véhicules pour l'étonnante beauté plastique de celle-ci (elle arbore dans ce film une magnifique chevelure rousse abondante et porte des robes littéralement splendides), il est surtout question de l'amour de Lucrèce pour Alphonse d'Aragon (Massimo Serato). César est joué par le célèbre comédien mexicain Pedro Armendariz, qui fut révélé par les films d'Emilio Fernandez, John Ford et Luis Buñuel avant de faire une carrière internationale remarquée à laquelle il mit fin en 63 en se suicidant à l'âge de 51 ans (il avait un cancer). Martine Carol elle-même est morte en 67 à l'âge de 47 ans d'une crise cardiaque (il a toutefois également été question d'un plus ou moins suicide aux barbituriques). Le « plus beau décolleté » du cinéma français d'alors était toutefois un peu trop âgée déjà pour le rôle (puisqu'elle avait alors 33 ans alors que Lucrèce n'en avait que 18 quand elle épousa Alphonse d'Aragon). Au total et à l'arrivée, ce long-métrage est avant tout une sorte de divertissement 'historique' doublé d'un film sentimental assez éloigné de ce que fut la réalité véritablement historique des Borgia. Et s'il n'avait été tourné en couleur avec Martine Carol portant des robes 'à tomber', il serait probablement tombé lui dans l'oubli le plus total. Interdit aux moins de 16 ans à sa sortie, il connut néanmoins (tout comme le film d'Abel Gance en 35) un vif succès dû aux habituelles scènes de nus qui émaillent tous les 'Lucrèce Borgia' et tous les 'Cléopâtre' de l'histoire du cinéma comme de la télévision (en général, comme ici, des scènes de bain et d'orgies) : le sexe et le sang ont toujours fait vendre et continuent de faire vendre puisqu'ils sont aussi le moteur des deux feuilletons télévisés actuels consacrés à cette famille pas tout à fait comme les autres.
A noter : les Borgia ont été évoqués dans de nombreux films et téléfilms dont le 'Lucrèce Borgia' d'Abel Gance en 35 avec Edwige Feuillère déjà évoqué, 'Echec à Borgia' d'Henry King en 49 avec Orson Welles dans le rôle de César, 'La vengeance des Borgia' de Mitchell Leisen en 49 aussi avec Paulette Goddard, les italiens 'Les nuits de Lucrèce Borgia' de Sergio Grieco en 59 avec Belinda Lee et 'L'imposture des Borgia' de Sergio Corbucci en 65, et même dans le 4° conte des 'Contes immoraux' de Walerian Borowczyk en 74, sans parler du feuilleton français 'Les Borgia ou le sang doré 'de 1977 écrit et dialogué par Françoise Sagan
A noter également : même la bande dessinée s'y est mise récemment avec la quadrilogie signée d'Alejandro Jodorowski (scénario) et Milo Manara (dessin) 'Borgia' parue entre 2004 et 2010