"Ludwig ou le Crépuscule des Dieux" est la dernière grande fresque viscontienne (pas loin de 4h !), oeuvre qui a quelque chose de testamentaire malgré les deux films qui suivront.
On y suit le destin de Louis II de Bavière, "unique grand roi du XIXe siècle" selon Verlaine, déviant sur tous les plans : homosexuel d'abord, trop jeune pour le trône sans doute, personnage singulier et mécène de Wagner (qui ne pourra ériger ses grands opéras que grâce à ses subsides). Un esthète possédé par sa folle obsession d'une vie uniquement idéale, vouée aux arts, dégagée du réel et de sa mesquinerie intrinsèque. Un utopiste, méprisant la politique, la guerre avec la Prusse qui enflamme le pays, préférant se perdre en dépenses pharanoniques, érigeant des châteaux... surtout en Espagne !
Dans l'amitié Louis II/Wagner, ce dernier n'est pas épargné par Visconti, montré en touches presque burlesques comme un grand bourgeois égoïste et arrivé, incapable de comprendre le mal grandiose qui ronge son protecteur. Situation tristement absurde en fait, Louis II étant certainement de la graine des héros tragiques wagnériens ; le compositeur n'en restera pas moins de marbre.
Au-delà des rapports complexes avec Wagner comme avec les femmes, c'est surtout l'évocation d'un isolement inéluctable, échec de la pureté et de la grandeur d'un idéal sur fond de mélancolie, de folie et de mort, lent glissement vers l'abîme qu'accompagnent entre autres, magnifiquement, la musique de Wagner ou les rêveries de Schumann, comme Mahler accompagnait le drame intime de "Mort à Venise", sorti l'année précédente.
Niveau réalisation, c'est du Visconti classique, c'est à dire brut et sans apparat, parfaitement adapté. Pour la composition, Helmut Berger et Romy Schneider assurent le résultat et touchent une perfection presque attendue.
Bref, une pépite imposante, et qui impose... le respect.