Giovanni Battista Lulli composa sa tragédie lyrique "Phaëton" en 1683, sur un texte en vers de Philippe Quinault, d'après les "Métamorphoses" d'Ovide. L'oeuvre connut un succès immédiat dès sa première représentation à Versailles le 6 janvier 1683, mais sa réelle création eut lieu en avril suivant au Théâtre du Palais Royal, avec des décors et des machines de Jean Bérain. Le succès fut tel que la tragédie fut surnommée "opéra du peuple". On sait de source sûre que Louis XIV en personne applaudit fortement et aimait beaucoup cette oeuvre (sûrement une des plus belles de son auteur). Lulli utilise un procédé qu'il mènera à son apogée dans ses oeuvres lyriques suivantes : un soutien orchestral aux chanteurs très important dans les pages aussi bien dramatiques que lyriques.
Lors de sa parution, cet enregistrement fut encensé par la critique, notamment la prestation du ténor Howard Crook dans le rôle-titre. Personnellement, je trouve qu'il s'agit d'une erreur de casting. Il me semble peu impliqué dans son texte, comprend-il ce qu'il chante ? Le ténor Jean-Paul Fouchécourt, ici dans trois rôles, le Soleil, Triton & la Déesse de la terre, aurait à mon sens fait merveille dans le rôle-titre : il s'investit dans ses rôles avec une intelligence vocale, un lyrisme et une ligne vocale parfaite. Rachel Yakar possède une technique vocale solide, bien que sa voix soit usée, et son vibrato quasi perpétuel finit par ennuyer. Les sopranos Jennifer Smith et Véronique Gens sont très émouvantes, bien que la voix un tantinet plus grave de Jennifer Smith soit plus adéquate à son rôle. Le baryton Gérard Théruel est très solide vocalement et théâtralement. La basse profonde Philippe Huttenlocher est parfaite. Une seule émission de voix vous fait frémir, il rend parfaitement justice au rôle de Mérops, vieux Roi des Egyptiens. L'ensemble vocal Sagittarius, bien préparé par Michel Laplénie, donne de belles prestations dans les parties chorales. Marc Minkowski apporte une direction nerveuse et fiévreuse (parfois trop enjouée ?) à cette tragédie lulliste. Il met très bien en valeur les plans mélodiques si jolis du compositeur. Coup de chapeau aux violes de gambe du continuo, ainsi qu'aux hautbois qui sont souvent sollicités, et qui arrivent avec gloire à bout de leur tâche.