Une surprise que ce disque enregistré en trio par un pianiste dont on a souvent dit, à tort, qu'il possédait un jeu comparable à celui de
Cecil Taylor... Enregistré pour le compte du label Tzadik en 2009 (le label de
John Zorn), Luminescence est son dix-septième album en "lideur"... Borah Bergman est un vieux de la vieille, comme on dit. Né en 1933 à Brooklyn, il a pourtant commencé le piano très tard (à 22 ans...). Il est connu pour avoir multiplié les expériences auprès d'artistes de la scène free, de Peter Brotzmann à Evan Parker en passant par Roscoe Mitchell, Thomas Chapin et John Zorn... D'ailleurs, ce dernier fait une apparition sur un titre (Luma, le plus réussi du disque). Les thèmes possèdent une forte connotation hébraïque. Pas de problème. L'ensemble relève malheureusement de la somnolence... Et l'on se dit qu'on ne sait plus qui réveiller en vieillissant, les vivants ou les morts. Bref, pas le genre de disque à vous consoler de vos tracas personnels...
Et pourtant, aux côtés du pianiste, une paire rythmique de toute beauté, composée de Greg Cohen à la contrebasse et Kenny Wollesen à la batterie. Leur jeu est à ce point épanoui, c'est ce qui se fait de mieux aujourd'hui en terme de rythmique. Et pourtant... Et pourtant, là encore, les divers sites que j'ai pu visiter n'ont pas manqué d'éloges à l'égard de cet opus. Hélas pour moi, c'est sans conviction, d'un ennui profond. Bien sûr, on trouvera de quoi dire sur l'art du minimalisme, et ce disque pourrait ne pas déplaire à certains. Les miroitements harmoniques côtoient des climats anxiolytiques (façon ECM), les éléments du free ne sont pas aussi palpables qu'on a l'air de le dire, plutôt une contemplation de bon aloi dans le jeu du pianiste. Si la section rythmique est toute superlative, son intérêt dépasse allègrement le jeu du pianiste, qui essaie de faire du
Masabumi Kikuchi ou du
Brad Mehldau (en moins bien, toute proportion gardée...). Cela donne un disque déconcertant, très attachant par moments, mais la forme générale n'éveille pas les sens, on serait plutôt dans le noir de chez noir, sans trop de gris... A l'écoute de ce disque, la pluie cinglante refermait la nuit sur ma voiture qui glissait sur cette longue bande de ciment lisse. Tout m'était hostile et froid, même la main de ma petite amie, que je tenais pourtant bien close dans la mienne. Nous étions séparés partout... Vraiment dommage...