Ce récit est fabuleux. Le projet de ces deux amis, l'un peintre et l'autre écrivain (si tant est que l'on puisse se définir ainsi à 24 ans) est fantastique d'audace, de naïveté, d'humanité, de grandeur. Ils sont humble devant le monde, devant chaque culture. Pourtant la leur passe pour être l'une des plus avancée du monde. Pourtant ils partent, une topolino de troisième main sous les fesses. Et avec juste assez d'argent pour arriver en Yougoslavie. Bouvier ira jusqu'au Japon, Vernet s'arrêtera a Ceylan pour y retrouver sa future femme.
Pour autant le livre n'est pas qu'une relation de voyage, même si les détails géographiques et culturels foisonnent, toujours pertinents et érudits. C'est aussi un voyage à travers soi, que laisse entrevoir pudiquement Nicolas Bouvier, une quête de quelques instant comme "volés" au monde. L'ouverture dont il fait preuve vis à vis de culture et de civilisation très différentes est exemplaire. Sans comparer en permanence avec sa Suisse natale, il décrit fidèlement les peuples et leurs paysages. Car dans ce livre ces deux aspects sont indissociables.
Un autre aspect important de leur démarche est de prendre le temps. Deux ans pour parcourir les Balkans, la Turquie, L'Iran, l'Afghanistan, le Pakistan. Deux ans de galères mécaniques, financières, de santé, mais aussi deux ans de rencontres, de découverte, de route, d'émerveillement. Les derniers paragraphes sont à ce titre tout simplement magiques, lorsqu'il décrit cette sensation d'appartenir au monde qui l'emplit puis le laisse vide, mais heureux.
Cette conception du voyage, qui lui était très personnelle (et le reste, chacun partant pour ses raisons, avec ses envies et ses besoins propres), cette façon de se livrer, de donner de son sang, de sa chair est à la base de bien des récits de ce genre, qu'il a en quelque sorte et sans le vouloir inspirer. Une grand merci, et un grand bravo.