Pour ces séances berlinoises de juin 1974, Emil Gilels travailla et enregistra en perfectionniste les "Pièces lyriques" qu'on croirait pourtant « si faciles » pour les doigts de tels virtuoses.
Parmi les dix recueils, il opéra une cohérente sélection : s'en tenant judicieusement aux seules "Arietta" et "Berceuse" pour les deux premiers, et privilégiant ensuite les pages mélancoliques.
« L'art de Grieg ne repose pas toujours sur la couleur : les ombres sont importantes également » disait le pianiste russe. Son clavier varie à l'infini l'impalpable palette qu'a distillée le compositeur norvégien dans ces cahiers qui filigranent trente années de sa vie.
Notez comment le trémolo de main gauche fait grommeler le lit du "Ruisselet".
"Halling", "Scherzo", "En rentrant à la maison" et le bondissant "Kobold" apportent un divertissement bienvenu à ce récital, mais c'est bien dans les pages les plus diaphanes que Gilels révèle son génie de la nuance digitale et poétique. Magique entre toutes, son interprétation de "Mal du pays" frise l'impondérable.
Si vous cherchez une approche plus ouvertement éloquente de ce répertoire, allez entendre la séductrice anthologie d'Arthur Rubinstein (RCA).
C'est toutefois ici que vous pouvez choisir vos rêves.