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18 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Aux origines du monde méditerranéen,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Médée - Édition Collector 2 DVD (DVD)
Le cinéma de Pasolini n'est pas des plus évidents,c'est une chose assez courue...c' est d'autant plus vrai pour cette Médée...oeuvre aussi maudite que le personnage mythologique dont il traite...Visconti avait prévenu Callas : "les films de Pier Paolo ne sont pas des films pour les acteurs". Aussi le réalisateur de Théorème n'était pas emballé par une collaboration avec la prima donna assoluta abandonnée par sa voix en 1965...ce sera néanmoins le coup de foudre entre les deux artistes. Quatre ans après avoir refusé des rôles de 1er choix , la chanteuse accepte un film "Médea" alors que Deyer lui avait déjà proposé dans les années 50 de réaliser l'opéra filmé de Chérubini...( cette Médée que Visconti, ami de la diva avait réalisé avec elle à la Scala)...Médée, figure qui a de fait quelque chose d'obsédant parce que Callas y a brillé comme jamais en tant que chanteuse (son meilleur enregistrement live disponible aujourd'hui daté de 1953, sa prestation "mythique" à Epidaure en 1961 véritable rencontre amoureuse avec le public grec).. parce que ce personnage a aussi de quoi la plonger dans une profonde introspection. Pour faire vivre la terrible magicienne de Colchide, elle puise dans les traumas laissés par sa tyrannique mère Evangelia,l'abandon par Onassis,la perte de sa voix,sa fausse couche ... autant d'éléments que l'on retrouve en écho de son travail de comédienne..Par cette vie et ses qualités d'actrice saisissantes (que l'on peut enfin apprécier ici), Callas plonge dans les méandres d'un personnage fait de douleur et de noirceur installé dans l'inconscient collectif occidental depuis Euripide jusqu'à se confondre avec lui. On oublie donc la "diva assoluta"d'autant plus facilement que le film n'est pas construit uniquement sur Callas. Rarement Pasolini aura fait aussi peu de concessions sur son style : le propos est épuré, dépouillé de tout artifice...Les dialogues sont rares: Le réalisateur italien a cherché à capter la vérité psychologique du mythe sans s'embarasser de discours ,à retrouver dans cette légende son caractère primitif(silences, gros plans, musique tribale). C'est ce qui avait été peu apprécié à la sortie du film en 1970 (échec assez cuisant). C'est pourtant ce qui donne au film son caractère bestial ,dérangeant mais surtout très émouvant. Plusieurs tableaux juxtaposés se succèdent mettant en avant dans cette espèce d'opéra (quasi)silencieux, traversé de cris et de meurtres, un conflit de civilisation. Il y a la "barbarie" des habitants de la Colchilde (actuelle région du Caucase) exprimée dès la première scène (un rite agraire basé sur un sacrifice humain pour redonner fertilité à la terre) face au monde rationnel,(le kosmos)mesuré des grecs(scènes du palais de Corinthe). La relation Médée/Jason est en quelque sorte le reflet de cette opposition: Médée est le monstre odieux qui commet le meurtre, le fraticide et l'infanticide,; le monstre tout à la fois nourri et rongé de jalousie, qui se repait du malheur de Jason dans la dernière scène..Et pourtant,on est quand même loin de la femme diabolique uniforme du tableau de Delacroix ou de la mégère dépeinte par Sénèque..Médée plus que jamais est ici une femme blessée; l'écho vivant de cette figure universelle qu'est l'épouse délaissée,la mère emplie de tendresse, la femelle vieillissante, l'étrangère rejetée..Elle est aussi l'union des deux mondes qui ont fait la civilisation méditerranéenne, grandeur et horreur mêlées. PS: le DVD comprend moulte bonus outre le film d'1h46). Si vous voulez approfondir vos connaissances sur ce film, les éditions Arléa ont mis à disposition depuis peu l'ouvrage Médée comprenant interviews, commentaires des principaux protagonistes de cette oeuvre plus que jamais mythique. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Medée la magicienne meurtriere.,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Médée - Édition Collector 2 DVD (DVD)
Pasolini adapte la mythologie grecque dans un film d'une splendide beauté visuelle, porté par un souffle poetique, au rythme lent, au style epuré. Unique apparition devant la camera de Maria Callas dans le role de l'heroine Médee assoiffée de jalousie, magicienne fraticide et infanticide, fascinante prestation de Maria Callas et grandiose adaptation de Pasolini.
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11 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Le film est glorieux, certains commentaires sont limites,
Par Jacques COULARDEAU "A soul doctor, so to say" (OLLIERGUES France) - Voir tous mes commentaires (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Médée - Édition Collector 2 DVD (DVD)
Que Pasolini s'intéresse à Médée ne peut pas surprendre car elle est le mythe direct en connexion avec la frontière existant dans la Grèce ancienne entre le monde barbare, en fait de culture et langue turkique, antérieur dans l'Anatolie et même très probablement les Balkans aux Indo-Européens qui n'y arriveront qu'environ une vingtaine de milliers d'années plus tard. Médée est originaire de Colchide, le royaume qui est aux racines de la Géorgie, qui parle bien sûr une langue turkique. Le choc des cultures est donc en fait la conquête de l'Europe par les Indo-Européens sur les premiers Homo Sapiens à avoir conquis cette Europe, à savoir Cromagnon.Tout le reste, et le DVD d'accompagnement en est plein, c'est du romantisme. Soyons clair : Pasolini ne fait pas l'erreur d'accuser ce monde barbare de pratiquer le sacrifice humain. En fait il montre clairement que ce sacrifice humain a une finalité humaine alors que l'assassinat en Grèce n'a de finalité que politique, donc exécrable, comme dans le cas particulièrement odieux d'Apsirto, le frère cadet de Médée, tué par Médée disent certains et taillé en morceaux ensuite jetés à la mer pour arrêter les bateaux de son père, ou bien jetés à la route pour arrêter les chars de guerre de son père, ou bien encore tué avec un bon nombre de soldats de son père, en tant que général de l'armée de son père et invité à un diner par Médée, et donc à un traquenard, un peu lâche sur les bords, mais la guerre n'est pas faite que de courage. Ceci étant dit ce film est fondamental dans la vision de Pasolini, mais aussi et surtout dans notre culture, notre héritage culturel. Le monde occidental indo-européen est construit sur la conquête par les Indo-Européens, venus du plateau iranien, de l'Europe sur les Cromagnon turkiques venus d'Anatolie après être venu du même nid linguistique que les Indo-Européens, à savoir la Mésopotamie bien avant que ce nom n'existe et dont le Sumérien est la langue qui a survécu grâce à l'invention de l'écriture. Ces « barbares » sont nos cousins et ils sont présents dans notre héritage culturel jusqu'au 10-11èmes siècles avec la saga de Sigurd des îles Féroé (par exemple), ou Attila est un roi d'Europe Centrale. C'est la Christianisation qui va supprimer cette référence pour produire Siegfried, Chrétien bien sûr, et d'où Attila a été banni. On voit alors ce qui peut fasciner Pasolini : le mythe de Médée est une sorte de pont entre les deux cultures cousines turkique et indo-européenne, un pont que la mythologie grecque a diabolisé par justement ce mythe où Médée est l'ancêtre de toutes les sorcières de Macbeth et de toutes les déesses malfaisantes de nos traditions européennes. La référence à Hécate, déesse dont le culte serait vivant en Colchide, dans le DVD d'accompagnement est un summum d'ignorance. Hécate était une des trois faces de la déesse triple qui est connus jusqu'à Shakespeare (la déesse trois fois couronnée, comme il l'appelle) : Hécate, déesse des morts et de l'Enfer, Séléné, déesse de la nuit et de la lune, Diane, déesse du jour, des forêts et de la vie animale. Cette déesse triple est présente dans toutes les mythologies indo-européennes anciennes, particulièrement les mythologies germaniques, d'où sa survivance chez Shakespeare généralement sous la forme de Diane ou d'Athéna, mais aussi sous une forme diabolisée des trois sorcières, des trois saeurs étranges de Macbeth. Je ne sais pas si Pasolini savait tout cela, mais quand on sait l'intérêt qu'il portait aux cultures autres que la culture indo-européenne, on peut comprendre qu'il devait avoir un tant soit peu d'éducation sur la question. Les Barbares pour les Grecs étaient d'abord et avant tout ces gens de l'Est qui parlait des langues non indo-européennes. La trouvaille cinématographique de Pasolini est probablement de faire jouer Médée par Maria Callas car son maintien corporel, son langage corporel, sa prestance féminine très élaborée, digne en cela d'une prima dona d'opéra italien, donne immédiatement de la noblesse au rôle et au personnage. Laurent Terzieff en Centaure à la fois cheval et homme, vu comme mi-cheval d'une part et comme homme d'autre part (Gérard Weiss), donne à ce personnage une dimension en définitive réaliste. Pasolini en profite aussi pour éliminer tous les autres grands personnages des Argonautes et de ne retenir que Jason. Cela simplifie le discours et élimine un tas de connexions inutiles ici. La double mort de la fille du roi Créonte est aussi un coup de génie car autant la vision de l'enflammement est plutôt simpliste alors que le double suicide de cette fille et de son père est parfaitement logique, acceptable, le feu n'étant alors que l'ellipse qui permet à Médée de brûler la ville en simplement enflammant sa propre demeure. Traiter de ce film comme d'une simple métaphore ou hyperbole de la société de consommation contre une société naturaliste est plutôt simpliste car alors il faudrait expliquer pourquoi le sacrifice humain est donné à voir avec autant de précision du côté de cette société naturaliste qui pourrait être idéale. Pasolini est un tantinet plus complexe que Christophe Mileschi dans le DVD d'accompagnement. Dr Jacques COULARDEAU Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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