C'est à une véritable épopée que nous convie Véronique Vasseur. Entrée un peu par hasard dans cette institution complexe à laquelle elle a fini par s'attacher suffisamment pour y rester sept ans.
« La Sante, c'est une grosse verrue avec des murs de forteresse trouée de petites fenêtres. La seule prison a l'intérieur de Paris. Il y a cent cinquante ans, quand elle a été construite, c'était une prison exemplaire. Un modèle du genre en ce qui concerne la salubrité, ce qui fait rire aujourd'hui quand on voit ce que c'est... » écrit-telle. S'ensuit, au fil des pages, une sorte d'inventaire de Prévert éternellement renouvelé, mais en beaucoup moins joli, des galeries de portraits qui font passer le lecteur de l'effroi au saisissement, parfois même au rire : « Les arrivants sont très varies : un directeur de société très classe, pas rase avec une barbe de trois jours mais ayant garde une bonne prestance ; un policier véreux qui pleure ; un vieil assassin de soixante-dix-huit ans qui a tue sa femme de quatre-vingt-deux ans - crime passionnel ou ras-le-bol après soixante ans de mariage ? - ; un autre qui se plaint d'un cancer généralisé depuis cinq ans [...] ».
Un livre déroulant également un récit parfois causasse, voire rocambolesque : « A la Santé, on vendait des espadrilles à semelles de corde. Les détenus avaient droit à deux paires. Mais certains s'étaient groupés pour en acheter plusieurs paires. Ils avaient alors dévidé toute la corde des semelles et s'étaient fabriqué une grosse corde. On n'imagine pas le métrage de corde que peut contenir une simple espadrille : plus de cinq mètres ! ». Il y a aussi le quartier VIP ouÌ transitent, entre autres, le Dr Garretta (sang contaminé), Paul Touvier (chef de la milice de Lyon), Bernard Tapie, Bob Denard, Pierre Botton et qui ne ressemble pas précisément à un hôtel cinq étoiles. Et avec tout cela, un lot inimaginables de pathologies plus invraisemblables les unes que les autres, allant de celles liées à l'ingestion d'objets hétéroclites (clés, fourchettes, tubes de dentifrice, etc.) aux conséquences du Sida, en passant par un nombre considérable de maladies de peau dues à l'humidité ambiante, à la vermine grouinant dans les matelas, ou alors aux innombrables mutilations que s'infligent les prisonniers.
Véronique Vasseur est une femme soudain plongée dans un milieu presque exclusivement masculin, dans une brutalité inouïe. D'une écriture rapide et efficace, reflétant bien l'agitation, l'angoisse et la frénésie qui peuvent prendre possession de tous les protagonistes de ce milieu bien particulier qu'est la prison, elle a écrit un livre qui a fait date.