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Une vraie réflexion sur la mémoire, 25 septembre 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mémoire année zéro (Broché)
Depuis les fameux "Lieux de mémoire" de Pierre Nora, le thème de la mémoire (au sens de "mémoire collective des événements historiques") a fait florès dans le débat français, au point qu'on pouvait se demander ce qu'il y avait encore à dire sur le sujet. C'est la bonne surprise de cet essai d'Emmanuel Hoog, qui parvient à jeter un éclairage original et inattendu sur cette problématique. Il faut dire qu'étant le Président de l'Institut National Audiovisuel et donc le gardien des archives télé et radio françaises, il est aux premières loges pour étudier ces questions. Tout en faisant le bilan des débats et polémiques des dernières décennies sur la "mémoire française" (la Shoah, Vichy, la Guerre d'Algérie etc.), il démontre que c'est le concept même de mémoire qui est en train de subir une transformation radicale: d'une part, le passé devient une nouvelle religion de substitution, la notion de "patrimoine" (aux contours toujours plus vagues) une valeur-refuge. D'autre part, les technologies numériques (disques durs, Internet...) nous font entrer dans une nouvelle ère où les machines se souviennent de tout, où plus rien ne s'oublie. D'où un formidable défi: comment organiser cette mémoire colossale? Comment garder encore le sens de l'histoire et d'un avenir collectif, face à cette accumulation du passé?
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3.0 étoiles sur 5
un exercice d'écriture au service de l'Etat, 13 janvier 2010
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mémoire année zéro (Broché)
J'ai acheté ce livre par admiration pour Emmanuel Hoog, PDG de l'INA, qui a réussi avec son équipe la numérisation active du patrimoine audiovisuel français.
Quelle catastrophe ferait penser aujourd'hui à la situation de l'Allemagne en 1945, comme y invite la référence au film « Allemagne année zéro », de Roberto Rossellini ? Il ne semble pas que la mémoire contemporaine soit comparable à la ville de Berlin en ruines. Référence tragique, que le livre affiche avec une certaine désinvolture...
Les capacités de stockage gigantesques des serveurs informatiques contiennent le risque paradoxal d'une perte de mémoire. Ce risque avait été pointé par Platon dans le Phèdre à propos de l'écriture : le fait de coucher des pensées par écrit rendrait inutile leur mémorisation. En ce sens, le bouleversement provoqué par Internet serait comparable à celui qu'a entraîné, pour la civilisation, la diffusion de l'écriture.
Alors que la mémoire correspondait autrefois à un processus de sélection, dans la mesure où l'on gardait ce qui méritait de l'être, la technologie incite aujourd'hui à tout conserver. La mémoire devient automatique.
L'auteur rappelle à juste titre le rôle de l'oubli, ou du moins de l'appréciation sélective du passé, dans la construction du moi et des nations. En faisant proliférer les traces, la mémoire informatique fait courir à nos identités le risque d'un « krach mémoriel ».
Proposant une analyse de la mémoire collective, l'ouvrage se contente parfois d'égrener un certain nombre de poncifs - la France de Michelet (p.37), celle de Vichy (p. 36), mais aussi la critique de Wikipédia (p.134), le messianisme de G. W. Bush (p.135) ou le storytelling des communicants (p.136, p.186) - que l'analyse ne suffit pas toujours à rafraîchir.
L'auteur saisit souvent l'occasion d'expliquer le sens de son action à l'INA. Il donne aux politiques culturelles publiques la direction du « vouloir-vivre ensemble ». Les musées se sont remplis à mesure que les églises se vidaient (p.182). Aujourd'hui, « le véritable Ministère de l'Identité nationale, c'est le Ministère de la Culture ». La culture doit-elle servir avant tout la formation d'une communauté nationale ?
On regrettera que le livre se termine par la béatification d'une culture organisée, financée et prescrite au bon peuple par l'Etat, dont quelques énarques seraient les grands organisateurs. Emmanuel Hoog retrouve les accents d'André Malraux pour dire que « la culture permet l'acculturation des milieux populaires à la modernité, au progrès » (p.184).
Peut-on faire ainsi de la puissance publique le garant de l'identité nationale, de l'intelligence et de la mémoire collectives, sans voir aussi les limites de son action ? Il est regrettable que l'essai sur la mémoire, parfois réellement stimulant, se transforme en plaidoyer en faveur de l'Etat, et de l'action de ses administrateurs, aussi brillants soient-ils !
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