Tzvetan Todorov directeur de recherches au C.N.R.S. et historien, décide en l'an 2000 de faire un bilan sur LE 20ème siècle dans lequel nous sommes nés et avons vécu. Qu'est-ce qui l'a le plus marqué dans ce siècle ?
Réponse : la tragique "expérience" TOTALITAIRE suite à la création des deux grands monstres : le Communisme et le Nazisme.
Il propose dans cet ouvrage une profonde réflexion, à travers les écrits des grands Témoins et/ou Survivants tels que : Margarete Buber-Neumann, Germaine Tillion, Vassili Grossman, David Rousset, Primo Levi, etc.., du "phénomène" Totalitaire. Il nous explique ce qu'est, entre autres :
- Une Démocratie ;
- Un régime Totalitaire ;
- L'Idéologie et le "scientisme" Idéologique ;
- L'utopie ;
- La Terreur de masse ;
- Le Mensonge et la Propagande ;
- Les camps de concentration ;
- Etc..
D'abord, le régime Totalitaire a vocation à désigner une cible, un "ennemi de classe" ou un "ennemi de race"... à exterminer.
En effet, pour ces systèmes Totalitaires : on est avec eux ou contre eux, c'est la vision manichéenne d'ami/ennemi, et cela passe en premier lieu, par la déshumanisation à travers le vocabulaire, page 42 :
"Il faut, dit Lénine, "exterminer sans merci les ennemis de la liberté", mener "une guerre exterminatrice sanglante", "mater la racaille contre-révolutionnaire". Tout totalitarisme est donc un manichéisme qui divise le monde en deux parties mutuellement exclusives, les bons et les mauvais, et qui se donne pour but l'anéantissement de ces derniers".
Parmi les FAUSSES "croyances" à propos du Communisme, Tzvetan Todorov éclaire le lecteur sur le "classique" : soi-disant "humanisme universaliste" du Communisme, page 45 :
"Le communisme veut le bonheur de l'humanité - mais à condition que les "méchants" en aient été écartés au préalable, ce qui est après tout le cas des nazis aussi. Comment peut-on encore croire à l'universalisme de la doctrine quand celle-ci affirme qu'elle repose sur la lutte, la violence, la révolution permanente, la haine, la dictature, la guerre ? La justification qu'elle se donne est que le prolétariat est la majorité, la bourgeoisie une minorité, ce qui nous mène déjà loin de l'universalisme ; mais quand on sait de plus que l'autre grande contribution de Lénine à la théorie communiste concerne le rôle dirigeant du Parti, destiné à se soumettre la masse des prolétaires, on voit que même l'argument de la majorité ne tient pas".
Puis, il décrit ce même concept lié à l'engagement militant et à son abnégation volontaire et totale, pages 109 et 110 :
"Il sait maintenant distinguer entre fins et moyens, ou du moins entre fins lointaines et immédiates : il admet que des actions contraires à la compassion initiale peuvent être nécessaires, puisqu'elles servent le but final, fixé par le Parti. L'autonomie individuelle est sacrifiée sur l'autel de la future autonomie collective. C'est à partir de ce moment que communistes et nazis allemands, deux partis appartenant à l'opposition qui se combattent dans les rues, commencent sans le savoir à se ressembler - par cette aliénation du jugement et de la volonté personnels, par cet engagement de fidélité envers le Parti et son chef -, alors que, jusque-là, ils restaient opposés, les premiers mus par la générosité universelle, les seconds par la défense de l'intérêt de leur propre groupe".
La Terreur étant le MEME "carburant" permettant d'alimenter les deux régimes Totalitaires, l'auteur cite le grand auteur Vassili Grossman qui parle, page 74, du :
"grincement combiné des fils de fer barbelés de la taïga sibérienne et du camp d'Auschwitz".
Tzvetan Todorov nous livre également une autre analyse de Vassili Grossman concernant la fondamentale notion de Responsabilité de ces Crimes contre l'Humanité, de ce MAL ABSOLU, pages 80 et 81 :
"Qu'en déduire ? D'un côté, Grossman nous conduit vers une conclusion qu'il ne formule pas en toutes lettres. Son contact avec les bourreaux les plus vils l'a convaincu d'une chose : on ne peut se débarrasser des méchants en les jugeant entièrement différents de nous ni en attribuant leur conduite à leur origine ou à leur folie. En découvrant les assassins de Treblinka, il conclut : "Ce qui doit faire horreur, ce sont moins ces êtres que l'Etat qui les a tirés de leurs trous, de leurs ténèbres, de leurs souterrains, parce qu'ils lui étaient utiles, nécessaires, indispensables." Ce ne sont pas "les Allemands" ou "les Russes" qui sont mauvais, ce sont le nazisme et le communisme".
Et pour compléter cette notion de Responsabilité, Tzvetan Todorov précise, pages 90 et 91 :
"Le tchékiste ou le SS qui met à mort les "ennemis" croit contribuer au bien et agir rationnellement. Comme le dit Rony Brauman, il agit "non pas tenaillé par une obscure soif du mal mais poussé par un sens du devoir, un respect sans faille de la loi et de la hiérarchie". L'auteur du mal se présente toujours, à ses propres yeux comme au regard des siens, comme un combattant du bien. Même Hitler, devenu à nos yeux l'incarnation du mal pur, ne s'en est jamais réclamé. Sur le chemin de l'enfer, on ne trouve que de bonnes intentions. Dans cette perspective, celle des motivations psychologiques individuelles, notre "mal du siècle" n'est guère nouveau et n'a aucune spécificité ; ce sont la structure politique du totalitarisme et la mentalité scientiste le sous-tendant qui sont nouvelles, et responsables de ce que les mêmes dispositions initiales aboutissent à un résultat tellement plus catastrophique. Et, pour ce qui concerne les individus responsables ou non de l'accomplissement du mal : ils n'appartiennent pas à des espèces différentes, mais les uns ont laissé s'atrophier leurs sentiments d'humanité, les autres non".
Après avoir étudié les atrocités commises par ces régimes Totalitaires ainsi que leurs fonctionnements ; le débat portant sur le fait de savoir lequel des deux : Communisme ou Nazisme est le plus monstrueux, tombe de lui-même. Car en effet, comme nous l'explique l'auteur, il n'existe pas de surenchère dans l'horreur, ils sont évidemment tous les deux aussi ignobles, page 101 :
"Quels jugements peut-on porter sur les deux variantes du totalitarisme ? Il faudrait d'abord distinguer entre les régimes et leurs acteurs. Pour ce qui est des premiers, je souscris à une conclusion que d'autres ont déjà formulée : ils sont également détestables. Leurs victimes directes se comptent, dans chacun des deux cas, par millions, et il y aurait quelque chose d'indécent à vouloir établir, de ce point de vue, un palmarès. La souffrance d'un individu enfermé dans un camp de concentration, subissant la faim, le froid, les parasites, les violences, est atroce. Peu importe que le camp soit allemand ou soviétique : les hommes ne souffrent pas d'une infinité de manières différentes. L'extermination directe pratiquée par les nazis n'a pas de vrai équivalent côté soviétique, mais provoquer par la famine la mort de millions de personnes, en l'espace d'une année, est à son tour un acte horrible".
Continuant l'explication, pages 101 et 102 :
"Si l'on se situe dans une perspective historique, le communisme occupe la place centrale : il dure beaucoup plus longtemps, commençant plus tôt et s'éteignant plus tard ; il s'étend sur tous les continents de la terre, et non sur le seul centre de l'Europe ; il provoque un nombre de victimes encore plus grand. Dans l'optique du présent, sa condamnation est également d'une plus grande actualité : la mystification qu'il opère est plus puissante, plus séduisante, le démasquer est plus urgent. Or un déséquilibre évident caractérise les jugements officiels sur les deux régimes : mis à part quelques marginaux, celui des nazis est unanimement stigmatisé, alors que le communisme jouit encore d'une bonne réputation dans des cercles bien plus vastes (ainsi, en France sa variante "trotskiste"). L'antifascisme est de rigueur, l'anticommunisme demeure suspect. En France ou en Allemagne aujourd'hui le "négationnisme" est un crime puni par la loi ; la négation des crimes communistes, voire l'éloge de l'idéologie qui leur a présidé, est parfaitement licite."
Concrètement, il n'y a pas de "meilleurs" ou pires moyens d'être exécuté, page 118 :
"Il n'y a en Union soviétique ni chambre à gaz ni camp d'extermination. Cette différence est significative, même si elle ne suffit pas pour rendre agréables les camps russes.
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