Joseph-Guy Ropartz est né à Guingamp (Côtes d'Armor) en 1864. Orphelin dès l'adolescence, il entre au Conservatoire de Paris, où il se lie d'amitié avec Albéric Magnard (1865-1914), et où il est l'élève de Théodore Dubois (1827-1924) et de Jules Massenet (1842-1912), avant d'approfondir ses études musicales avec César Franck (1822-1890). Il prend en 1894 la direction do Conservatoire de Nancy, où il effectue un travail remarquable pour le renouveau de la vie musicale de la ville, et impose, outre les grands classiques (il donnera, notamment, la première exécution en France de la « Passion selon Saint Jean » de Jean Sébastien Bach), ses contemporains, entre autres Edvard Grieg (1843-1907), Gabriel Fauré (1845-1924), Henri Duparc (1848-1933), Vincent d'Indy (1851-1931), Ernest Chausson (1855-1899), Claude Debussy (1862-1918), Charles Koechlin (1867-1950), Florent Schmitt (1870-1958), Georges Enesco (1881-1955), son ami Albéric Magnard, ainsi que lui-même... et cède régulièrement sa baguette à Massenet, Fauré ou d'Indy. Il prends en 1919 la succession de Hans Pfitzner (1869-1949) à la tête du Conservatoire de Strasbourg, où il se montrera l'ambassadeur de la musique européenne contemporaine dans cette ville de nouveau rattachée à la France. Il se retire dans sa propriété de Lanlou (Côtes d'Armor) en 1929, où il s'éteindra en 1955. Ropartz fit bénéficier de son appui de nombreux interprètes, notamment le violoniste et compositeur Eugène Ysaÿe ou le jeune chef d'orchestre Charles Munch et, jusqu'à la fin de sa vie, il se penchera sur des musiciens aussi variés qu'Albert Roussel (1869-1937), Maurice Ravel 1875-1936), Igor Stravinsky (1882-1971), Darius Milhaud (1892-1974), Francis Poulenc (1899-1963), Olivier Messiaen (1908-1992), ou bien encore Pierre Boulez (né en 1925).
Son oeuvre aborde tous les genres, de la mélodie à la musique de chambre, de la musique symphonique à la musique religieuse, en passant par le Ballet et la musique dramatique. Parfois réduit à tort à un disciple de César Franck, bien que l'influence de ce dernier soit manifeste dans ses premières oeuvres, comme son premier Quatuor à cordes (1893) ou sa première Symphonie (1895) par exemple, ou considéré, de façon péjorative, comme un musicien « régionaliste » (comme chez beaucoup de compositeurs de la même époque, qui créent des Ecoles « nationales » ou « régionalistes », cette dimension existe aussi chez Ropartz, en particulier dans sa musique religieuse et dans son unique Opéra « Le Pays »), Guy Ropartz est en réalité un compositeur ouvert, comme on l'a vu, à tous les aspects de la création musicale de son temps, qui a toujours conservé une personnalité aux facettes multiples, et dont la créativité en fait l'un des grands compositeurs français de la fin du dix-neuvième et de la première moitié du vingtième siècle.
On doit au Quintette Instrumental de Paris fondé par le harpiste Pierre Jamet d'avoir suscité une véritable moisson d'aeuvres remarquables de la part de compositeurs français de l'Entre-deux guerres, tels Gabriel Pierné (1863-1937), Charles Koechlin (1867-1950), Albert Roussel (1869-1937), Jean Cras (1879-1932), et Guy Ropartz. Le « Prélude, Marine et Chansons » pour flûte, violon, alto, violoncelle et harpe, écrit en 1928, est un miraculeux compromis de concision, de sobriété et de plénitude. L'unité de la composition résulte de la parenté des thèmes entre eux, dans la similitude de leur contour mélodique de leur harmonie et de leur rythme, et non pas de la transformation d'une même cellule à la manière de César Franck. Cette uniformité de ton est favorisée par le recours fréquent à la modalité, et à des formes mélodiques pentatonique tels que la musique traditionnelle bretonne en foisonne. Ropartz n'utilise pas à proprement parlé de motifs tirés de la tradition populaire ; comme Ralph Vaughan Williams (1872-1958) en Grande Bretagne, ou Béla Bartok (1881-1945) en Hongrie, il invente un « folklore imaginaire ». Le thème principal du Prélude est centré autour du pôle si, et évolue graduellement, émaillé de surprises harmoniques, du mineur vers le majeur. « Marine » est une aquarelle en demi-teintes, dont la discrétion se renforce des sourdines aux archets. « Chansons » contraste avec les deux premières pièces par sa vigueur rythmique ; trois chansons d'intonations populaires se succèdent. Si la troisième, en mib majeur, se distingue par une modulation très affirmée à la sous-dominante caractéristique des tournures celtiques, en réalité, seule la seconde, en mode dorien, est effectivement empruntée au folklore breton.