Mémoires d'une Geisha est une superproduction américaine, certes, mais il faut aussi reconnaître que le cinéma hollywoodien peut offrir de vrais moments de divertissement et d'envoûtement malgré sa grande normativité.
En s'attaquant au livre - très intéressant - d'Arthur Golden, Rob Marshall n'avait pas la tâche facile, d'autant que l'oeuvre tenait au coeur de Spielberg (producteur) qui a un temps pensé à réaliser lui-même l'adaptation. Des décors crédibles, reconstitués hélas en Californie, des actrices asiatiques, mais chinoises et non Japonaises, ce qui est visible pour les initiés. Pourtant, on oublie tout cela et la facilité du mélodrame, sans sentimentalisme pour autant. On découvre un film de 2h20 très réussi, magnifique sur la forme, avec des acteurs vedettes et notamment l'un des trios les plus exceptionnels d'actrices asiatiques : Gong Li, merveilleuse dans son rôle de geisha arriviste prête à tout pour réussir sauf au renoncement du véritable amour, Zhang Yiyi, star montante qui incarne la jolie Chyio, devenue la célèbre geisha Sayuri et Michelle Yeoh, "sa grande soeur". A cela, ajoutez celui qui est peut-être - à mes yeux en tout cas - le plus grand acteur japonais de sa génération, Ken Watanabe.
Vous apprécierez alors le jeu tout en justesse et en retenu de ces acteurs asiatiques déjà habitués à travailler avec les Américains. La trame est séduisante et cette histoire d'amour aux allures d'amour impossible et secret devient vraiment prenante dès que s'opère la rencontre entre Chyio et le président... De la destinée en apparence jouée d'avance d'une petite fille orpheline, vendue à une maison de geisha avec sa soeur dont elle est vite séparée, à l'épanouissement de la plus grande geisha de l'avant-guerre, on voit se succéder tous les épisodes de la naissance d'une Artiste qui est sans cesse partagée entre ses rêves et ses ambitions. Car à cette époque, les Geisha étaient la plus grande fierté du Japon avec ses sumos... Un apprentissage sans pitié d'un métier d'une grande dureté, où l'idéal de beauté et de talent artistique incarne l'art vivant, des jalousies perverses et sans limite, des méthodes de nuisance redoutables, les sacrifices face à sa propre destinée, à son existence de simple femme pour atteindre le sommum dans l'univers secret des Geisha - et par extension dans la société des milieux élevés... On découvre le mépris de l'amour vrai, l'impérieux renoncement, la vente de la virginité aux enchères pour s'assurer une réputation et d'autres pratiques très spécifiques.
Tout est sublime, que ce soit dans la découverte de la vie et de l'art des geisha dans la société de l'avant deuxième guerre mondiale ou dans l'exploration des sentiments souvent très intériorisés de chacun des protagonistes. Mémoires d'une Geisha permet de plonger dans les secrets d'une maison de thé, avec toute la perfidie que le pouvoir de la séduction peut entraîner... Pourtant, Chyio-Sayuri ne perdra jamais son âme et continuera à croire que son amour caché peut la pousser à se dépasser, même s'il ne doit rester qu'un beau rêve dans son coeur.
En voyant les décors défiler, on se croit projeté dans un Japon vieux de 70 ans, bien restitué et très crédible avec des images de rêve...