Méridien de Sang est un plongeon , un enfouissement dans l'horreur brute, à la prose à la fois somptueuse, lyrique, précise, elliptique. Pas d'identification possible de la part du lecteur, l'humanisme, même s'il s'effondre dans l'absurde, de The Road, n'a pas sa place ici...Le « héros », enfant fugueur , « fils de l'homme » ( référence atrocement ironique à Wordsworth), descend le fleuve jusqu'à la Nouvelle Orléans pour finir par arpenter le Texas et le Nouveau Mexique auprès de chasseurs de scalps...à leur tête Granton, le Juge, pour qui guerre et violence sont les seules réalités absolues, les seules dignes de conférer du sens à notre passage ici bas, et encore...lui dit qu'il ne mourra jamais.
L'action, la parabole philosophique, se situe dans les années 1850. On a parlé de Melville, de Bosch...et de Faulkner. Le Mal que traque Achab se trouve endossé par Granton, mieux, assumé, illustré, voir théorisé. Les corps meurtris apparaissent comme ils le font quand le sang ne suffit pas, quand il doit servir d'exemple...Faulkner pour le souffle, l'enracinement en un territoire, un sol, qui semble devoir survivre aux affres des agissements humains. Pour le mot juste. Le dialogue lapidaire suivi d'une mystique du paysage, de l'espace, de l'aveuglement, celui de la nuit noire au désert ou de la blancheur brûlante du soleil sur la roche, la poussière, le moindre végétal, épineux, nommé comme il se doit. Le sous-titre du roman « ou le rougeoiment du soir dans l'Ouest », rappelle le rôle central de la terre, cette terre ocre brûlé du sud-ouest, qui offre un décor d'apocalypse à la folie. Elle demeure néanmoins première, ne serait ce qu'en recouvrant toujours, inéluctablement, de sa couleur gris/ocre le sang rouge puis marron/noir maculant les oripeaux des bounty killers...Ce roman est peut-être le plus stupéfiant, presque au sens propre, de Cormac Mc Carthy.