Pendant quelques années, Igor Markevitch (1912-1983) fut un compositeur particulièrement fêté. Diaghilev encouragea ses débuts. Bartok admira la partition d'Icare. Piatigorsky lui demanda un concerto pour violoncelle. Puis Markevitch, à 29 ans, cessa brusquement toute activité compositionnelle. Il devint, comme on sait, un chef très prisé.
Rébus (1931) et Hymnes (1932-1936) offrent une sorte de quintessence de la musique de leur époque. On peut noter des parentés avec Stravinsky - Rébus est à l'origine un ballet, avec Hindemith -en moins scholastique, malgré l'usage de la Fugue, avec Prokofiev à son plus déchaîné (la Seconde symphonie). Avec Roussel également.
Impossible de concevoir une musique plus sèche que Rébus, qui a un éclat métallique, l'animation abstraite d'un film expérimental où on verrait des formes géométriques en mouvement. Une musique cinétique pour un âge des machines, qui conduit au vertige, avant une fin parodique (`Parade `) qui déconcerte.
Hymnes commence plus retenu et élégiaque, avant de chasser sur les mêmes terres (L'Hymne au travail, et son énergie positive ambigue, le Troisième Hymne). Prokofiev, à nouveau, n'est pas loin (début de l'Hymne au Printemps). L'oeuvre s'achève par un mystérieux Hymne à la mort. Ceux que récemment la réédition par Naxos des symphonies de Malipero ont intéressé trouveront ici l'occasion d'expériences analogues.
Il serait curieux d'observer en concert ce que serait la réaction du public. Avec leur détachement feint et leur dimension inquiétante, ces oeuvres gardent un intérêt certain, comme les personnages sans visage de Giorgio De Chirico.
Il y a des choses bien moindres au « répertoire », et j'aime beaucoup moins Le Baiser de la fée et Oedipus Rex du par ailleurs immense Igor Feodorovich S.
Notice particulièrement intéressante, qui montre Markevitch au coeur de la vie musicale des années 30, et interprétation adéquate de Christopher Lyndon-Gee à la tête de l'Arnhem Philharmonic Orchestra, même si on pourrait avoir un jour mieux capté et une sonorité d'orchestre plus pleine.
Le disque est réédité chez Naxos comme « Complete orchestral works, 4 »
Markevitch : Complete Orchestral Works, Vol. 4, mais il perd cette étonnante photographie, qui tranche si singulièrement avec celles du Markevitch chef d'orchestre de l'après Guerre.
La musique de Markevitch a gardé son secret : c'est comme si elle avait jailli de nulle part et qu'elle émanait d'une source qui s'était brusquement tarie.