Sous la baguette de Leonard Bernstein, on pourrait s'attendre à une lecture crépitante de cette page démonstrative que sont les "Tableaux d'une exposition".
Et pourtant, le chef américain livre une version alentie, fouillée, qui exploite tous les recoins de la partition et tire de l'orchestre des sortilèges de douceur et d'émotion contenue.
Lui qui céda tant de fois à ses élans passionnés, parfois excessivement, pour notre plus grand plaisir, savait aussi toucher le coeur de son public, parce qu'il aimait profondément la musique qu'il jouait.
Sa direction pudique fait chanter les instruments avec un lyrisme enjôleur. Ecoutez la trompette de la première Promenade : quel cantabile !
Et quelle transparence, quelle lisibilité dans le "ballet des poussins dans leur coque" !
Quelle expressivité dans "gnomus", débarrassé de tout fracas !
Même la percussion carillonnante de "la grande porte de Kiev" évite l'écueil du pompiérisme pour exhaler un onirisme qu'on croirait sorti de "Ma mère l'oye", paré d'une magie sonore qui rend cette interprétation plus ravélienne que moussorgskienne.
Les amateurs de sensations fortes resteront sans doute sur leur faim, mais ceux qui recherchent autre chose qu'une démonstration de creuse virtuosité seront heureux de se laisser séduire par un pouvoir d'évocation qui reste finalement assez peu courant dans la discographie de cette oeuvre rebattue par tant d'interprètes moins inspirés.
Les prises de son, larges et aérées, ne trahissent pas leur âge.