Présentation de l'éditeur
« AH !! » S’exclame-t-il ironique « Le monde est petit » répète-t-il, reprenant Juan. Connais-tu Bazouges-la-Pérouse, Juan ?
-Oui, c’est un petit village, près de Rennes. Ma grand-mère va y chercher des champignons…
-C’est ça, c’est ça, s’impatiente Jim, pas loin de chez toi, donc… Pourtant, tu peux y rester place de l’église toute ta vie et n’y rencontrer personne de tes connaissances, excepté ta mémé. En revanche, il écarquille les yeux, en revanche au pied de la tour Eiffel, tu croiseras toute ta famille, tous tes amis, tous tes collègues et tes copains d’avant ! Déclame-t-il et donne un coup de poing sur la table avec satisfaction. Car c’est un hub, un hub, bordel, comme le BackPackers’ Hub !!
-Woah… trop fort l’analyse ! Juan est admiratif.
-Bê, bê… L’Américain, porte ses mains à sa tête pour tirer le haut de ses oreilles vers le bas et bêle. Il semble attendre un commentaire de Juan. Juan réfléchit, se concentre, puis se contente d’en faire autant :
-Bê, bê…
-Bê, bê, bêle fort l’Américain…
-Bê, bê… reprend Juan niaisement.
-Et bê, abdique l’Américain, à force de partir en vacances, le troupeau a fini par creuser un sillon, puis une tranchée profonde. Le backpacking, c’est le tourisme vertical. Les uns sur les autres, à la verticale. Écartes-toi d’un kilomètre du Gringo Trail : tu seras en voyage. Pars loin, à l’autre bout de la terre : tu atterriras dans le BackPackers’ Hub !! La tranchée est profonde, Juan, tu ne seras pas tenté d’en sortir, elle est confortable, tu seras tenté d’y rester...
/////////////
Voici l’histoire de deux voyageurs embarqués dans une aventure qui les dépassera vite, tant le monde qu’ils découvrent est loin du leur, et que, dommage pour eux, ils ne sauront le lire que par le prisme de leur propre culture… grossière erreur…
/////////////
Je me retournai. Je vis Inina nous regarder partir… Ses cheveux blonds illuminaient le gris de Trapzone et des larmes coulaient sur ses joues… ou était-ce des gouttes de pluie ? A contresens dans la foule émaciée, je lui fis un dernier signe, et tout s’assombrissait, et elle disparaissait. Je sentis mon enthousiasme contrarié, mon corps, lourd, s’engluer dans une fange pétrie par le flot des migrants. Jim peinait juste devant moi, frayait le chemin. Mais, emportés par la masse compacte, nous étions parfois ramenés en arrière. Alors, à l’autre bout du tunnel, effleurant les millions de chevelures sombres, la tâche de lumière rose diminuait, puis regrossissait. Kaléido-trombinoscope mastoc, bourdonnements de respirations, effluves de gaz et de transpirations, nausées et mal de tête… la traversée parut durer des jours, ce fut peut-être le cas. Le mur passé, nous fûmes submergés par un flash de lumière saturée, criante. Sa violence émettait des surimpressions de roses, de blancs et de transparences. Une dernière longue poussée, et nous nous extirpions des paquets humains empilés au goulet. Je sentis un léger chatouillement aux pieds, baissai la tête et vis le sol lisse d’orichalque lécher, sucer et absorber la boue de mes chaussures : nous étions de retour en Atlantide, ou plutôt, dans ce qu’il était convenu d’appeler le Projet.
/////////////
Mur parle de tunnels et de chocs culturels, d'interprétations ratées, produites par des lectures via le prisme de sa propre culture. Mur parle de murs technologiques, dos au mur, du passage - ou non - de l’humain au transhumain.
-Oui, c’est un petit village, près de Rennes. Ma grand-mère va y chercher des champignons…
-C’est ça, c’est ça, s’impatiente Jim, pas loin de chez toi, donc… Pourtant, tu peux y rester place de l’église toute ta vie et n’y rencontrer personne de tes connaissances, excepté ta mémé. En revanche, il écarquille les yeux, en revanche au pied de la tour Eiffel, tu croiseras toute ta famille, tous tes amis, tous tes collègues et tes copains d’avant ! Déclame-t-il et donne un coup de poing sur la table avec satisfaction. Car c’est un hub, un hub, bordel, comme le BackPackers’ Hub !!
-Woah… trop fort l’analyse ! Juan est admiratif.
-Bê, bê… L’Américain, porte ses mains à sa tête pour tirer le haut de ses oreilles vers le bas et bêle. Il semble attendre un commentaire de Juan. Juan réfléchit, se concentre, puis se contente d’en faire autant :
-Bê, bê…
-Bê, bê, bêle fort l’Américain…
-Bê, bê… reprend Juan niaisement.
-Et bê, abdique l’Américain, à force de partir en vacances, le troupeau a fini par creuser un sillon, puis une tranchée profonde. Le backpacking, c’est le tourisme vertical. Les uns sur les autres, à la verticale. Écartes-toi d’un kilomètre du Gringo Trail : tu seras en voyage. Pars loin, à l’autre bout de la terre : tu atterriras dans le BackPackers’ Hub !! La tranchée est profonde, Juan, tu ne seras pas tenté d’en sortir, elle est confortable, tu seras tenté d’y rester...
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Voici l’histoire de deux voyageurs embarqués dans une aventure qui les dépassera vite, tant le monde qu’ils découvrent est loin du leur, et que, dommage pour eux, ils ne sauront le lire que par le prisme de leur propre culture… grossière erreur…
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Je me retournai. Je vis Inina nous regarder partir… Ses cheveux blonds illuminaient le gris de Trapzone et des larmes coulaient sur ses joues… ou était-ce des gouttes de pluie ? A contresens dans la foule émaciée, je lui fis un dernier signe, et tout s’assombrissait, et elle disparaissait. Je sentis mon enthousiasme contrarié, mon corps, lourd, s’engluer dans une fange pétrie par le flot des migrants. Jim peinait juste devant moi, frayait le chemin. Mais, emportés par la masse compacte, nous étions parfois ramenés en arrière. Alors, à l’autre bout du tunnel, effleurant les millions de chevelures sombres, la tâche de lumière rose diminuait, puis regrossissait. Kaléido-trombinoscope mastoc, bourdonnements de respirations, effluves de gaz et de transpirations, nausées et mal de tête… la traversée parut durer des jours, ce fut peut-être le cas. Le mur passé, nous fûmes submergés par un flash de lumière saturée, criante. Sa violence émettait des surimpressions de roses, de blancs et de transparences. Une dernière longue poussée, et nous nous extirpions des paquets humains empilés au goulet. Je sentis un léger chatouillement aux pieds, baissai la tête et vis le sol lisse d’orichalque lécher, sucer et absorber la boue de mes chaussures : nous étions de retour en Atlantide, ou plutôt, dans ce qu’il était convenu d’appeler le Projet.
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Mur parle de tunnels et de chocs culturels, d'interprétations ratées, produites par des lectures via le prisme de sa propre culture. Mur parle de murs technologiques, dos au mur, du passage - ou non - de l’humain au transhumain.
