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Ma province [Broché]

Maxime Ossipov , Anne-Marie Tatsis-Botton
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Description de l'ouvrage

7 avril 2011 Slovo
Maxime Ossipov - médecin cardiologue et écrivain - est issu d'une famille d'intellectuels. Après un voyage d'étude d'un an aux États-Unis, il préfère quitter Moscou pour s'établir à Taroussa, une ville située à cent kilomètres de la capitale.

Le choc avec la réalité quotidienne dans l'exercice de son métier l'amène à écrire le premier récit de cet ouvrage. Il y fait une description sans concession de l'état de la société et des hôpitaux, et surtout de la misère mentale de tous les laissés-pour-compte de la Russie provinciale de l'après-perestroïka. Il rapporte aussi, sous le mode comico-épique, ses démêlés avec les autorités en place qui aboutissent à un scandale national.

Ce regard lucide et parfois cruel ne va pas sans une certaine compassion, voire une tendresse à l'égard des personnages de La Rencontre, le second récit du recueil, oeuvre de fiction où les mêmes événements sont vus à travers le prisme de trois vies différentes. Malgré la violence et les difficultés, des rencontres improbables restent encore possibles - entre peuple et intelligentsia, croyants et athées, juifs et orthodoxes, alcooliques paumés et hommes d'action responsables...

Dans ce livre si attachant et sensible, un féroce refus de l'impuissance se manifeste à travers ce qu'Ossipov désigne comme le temps réel, celui du moment opportun qu'il faut savoir saisir, celui de l'intant présent, imparfait et incertain, mais qui seul est à même d'accomplir ce que d'autres appellent des miracles.

Maxime Ossipov est né en 1963 à Moscou. Issu d'une famille d'intellectuels, il fait des études de médecine et, en 1991 (encore sous le régime soviétique), il soutient une thèse de doctorat : «un chemin tout à fait traditionnel», écrit-il.
Il fait ensuite un voyage d'étude d'un an aux États-Unis. Mais il ne souhaite pas prolonger son séjour, revient en Russie, travaille dans différents instituts, fonde une maison d'édition spécialisée dans la traduction en russe d'ouvrages scientifiques étrangers. «Mon père était écrivain. Je l'ai vu se débattre toute sa vie entre éditeurs censeurs et correcteurs soviétiques. Peut-être est-ce de là que m'est venu le désir, non d'avoir un pouvoir sur les mots, mais du moins d'en disposer librement.»
En 2005, le besoin de retrouver le contact direct avec des patients s'impose, il décide alors de partir en province. «Mon grand-père était médecin. Envoyé en 1932 au Belomorkanal, puis libéré en 1945, il est toutefois interdit des 100 km. Il s'est donc installé à 117 km au sud ouest de Moscou, à Taroussa où il est mort en 1968.» (Il était en effet interdit, pour les anciens prisonniers du Goulag, de vivre à moins de 100 km d'une grande ville.)
Maxime Ossipov s'établit donc à son tour à Taroussa. Le premier des récits de Ma province évoque les débuts de son expérience.

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Descriptions du produit

Extrait

Au pays natal

Dix-huit mois déjà que je suis médecin dans la petite ville de N, chef-lieu de département d'une région limitrophe de Moscou. C'est le moment de faire le bilan de mes impressions.
La première est la plus terrible : chez les malades, comme d'ailleurs chez beaucoup de médecins, ce qui frappe avant tout, c'est qu'ils ont peur de la mort et n'aiment pas la vie. Ils ne veulent pas penser à l'avenir : tout doit rester comme avant. Ils ne vivent pas, ils subsistent. Les jours de fête, ils s'amusent, ils boivent, ils chantent, mais regardez-les au fond des yeux : vous n'y trouverez aucune gaieté. Rétrécissement aortique critique, faut-il ou ne faut-il pas se faire opérer, aller à l'hôpital ? «Pourquoi, je vais mourir ?» Eh bien oui, on en est là. Il ne veut pas mourir, non ; mais aller à la capitale régionale, faire des démarches, s'agiter... non plus. «J'ai déjà cinquante-cinq ans, ma vie est derrière moi. - Qu'est-ce que vous voulez, alors ? - Une pension, mettez-moi en invalidité.» La santé, il n'y croit pas, il veut au moins avoir les médicaments gratis. «Docteur, est-ce qu'au moins je vais vivre jusqu'à ma retraite ?» (Ce sont les malchanceux qui meurent avant la retraite, si on va jusque-là, ça veut dire qu'on a vécu sa vie.)
Seconde impression : le pouvoir est partagé entre l'argent et l'alcool, c'est-à-dire entre deux incarnations du Rien, du vide, de la mort. Beaucoup pensent qu'on peut résoudre les problèmes avec de l'argent, or ce n'est presque jamais vrai. Comment l'argent pourrait-il réveiller l'intérêt pour la vie, pour l'amour ? Et c'est alors que l'alcool entre dans ses droits. Il provoque, par exemple, ceci : récemment, un petit garçon de deux ans du nom de Fédia tombe par une fenêtre du premier étage. Sa mère, ivre, et son boy friend, c'est-à-dire son concubin, traînent l'enfant à l'intérieur et s'y enferment. Par chance, des voisins voient tout et appellent la police. Elle enfonce la porte, et l'enfant se retrouve à l'hôpital. La mère, comme il se doit, vocifère dans le couloir. Éclatement de la rate. Ablation de la rate. Fédia est vivant, il a même enlevé tout seul son tuyau respiratoire (il était sans surveillance, tout le monde était pris par une autre opération), et ensuite il a arraché aussi son cathéter sous-clavier.
Troisième impression : dans toutes les familles, il y a eu dans un passé proche des cas de mort violente : noyade, explosion de pétard, meurtre, disparition à Moscou. J'ai souvent affaire à des femmes qui ont enterré leurs deux enfants adultes.

Revue de presse

Pour Ossipov, nourri de littérature autant que de traités médicaux, la révélation semble s'être imposée chemin faisant. C'est ce que suggère en tout cas la première partie de Ma province, ce livre extraordinaire, composé de trois chroniques et d'une nouvelle (traduit du russe par Anne-Marie Tatsis Botton, Verdier, 122 p., 16,50 euros). L'auteur semble écrire au petit bonheur, en marge de ses consultations. Presque à la hâte. Pourtant, ce qui surgit de ces textes, en particulier des chroniques, est absolument sidérant. De son écriture sèche, ironique, dépourvue de toute trace de romantisme, Ossipov dépeint un monde en perdition...
Baigné par la littérature russe (il cite abondamment Dostoïevski, Gogol, Pouchkine, Mandelstam), Ossipov a le génie des images. Et une façon très particulière d'introduire des moments de joie simple, la sienne, dans cet univers absurde. (Raphaëlle Rérolle - Le Monde du 21 avril 2011 )

Détails sur le produit

  • Broché: 118 pages
  • Editeur : Editions Verdier (7 avril 2011)
  • Collection : Slovo
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2864326469
  • ISBN-13: 978-2864326465
  • Dimensions du produit: 21,8 x 13,8 x 0,8 cm
  • Moyenne des commentaires client : 3.5 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (2 commentaires client)
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2.0 étoiles sur 5 Erreur de casting 6 juin 2011
Par Leibniz le Chat TOP 1000 COMMENTATEURS VOIX VINE™
Achat authentifié par Amazon
Après lecture de « Ma province », on ne peut que se demander ce que ce livre est bien venu faire sous la couverture jaune des éditions Verdier. Voilà un éditeur prestigieux, celui de Bergounioux, celui de Michon, dont on attendait de la littérature : mais que nous livre-t-il avec « Ma province » ? Il nous propose un témoignage, certes intéressant, sur la déréliction sociale et sanitaire de la Russie contemporaine, c'est-à-dire, comme on sait, sur une situation préoccupante, ici présentée du point de vue imprenable de l'auteur, Maxime Ossipov, médecin dans un hôpital de province. Le problème est que ce document de première main, et valable à ce titre, ne relève que très lointainement de la littérature : le texte est décousu, la structure incertaine, le propos plutôt divagant, le style sans consistance. On est finalement soulagé d'en arriver au bout, non sans s'interroger sur les raisons qui ont pu pousser à la traduction de ce récit par l'éditeur. Probablement une erreur de casting...
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Vivre dans le temps réel 13 octobre 2011
Par Thimar
Le commentaire précédent est un peu sévère, comme une porte refermée. Or ce livre est magnifique. Pour le découvrir, il importe, je pense, de le lire presque d'une traite (il est bref, c'est possible). Le lecteur découvre alors, dans les dernières pages, qu'il s'agit d'un parcours, et même d'une sorte de pèlerinage qui commence dans la première partie et culmine dans la seconde par l'entrée consciente dans "le temps réel": "ça, c'est la vie en temps réel!", s'écrie alors l'un des personnages, à qui sa vie est rendue au centuple. Un premier livre prometteur.
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