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5.0 étoiles sur 5
Cigarettes, whisky et p'tites pépées !, 3 septembre 2011
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mad Men - Season 1 + 2 [Import anglais] (DVD)
Ce coffret ne s'adresse qu'aux anglophones !
Bijou d'intelligence et d'ironie, méticuleusement et délicatement réalisé, avec ses personnages complexes et chancelants, d'une rare épaisseur, qui passent à côté de leur vie, mais commencent quand même d'ouvrir les yeux sur leur triste réalité, élégant et stylé, désenchanté mais captivant, 'Mad men' est un feuilleton aux dialogues brillants et aux images raffinées qui distille l'ambiance ouatée et les discussions feutrées des coulisses du rêve américain au travers d'une intemporelle fresque des sentiments (3 'Emmy awards' de la meilleure série dramatique trois ans de suite aux USA) marquée de colères rentrées comme d'évènements étouffés baignant dans une mer de faux-semblants. Le constat est amer, la fiction tranchante !
Créé par le brillant orfèvre Matthew Weiner (qui s'est fait les dents comme producteur et scénariste sur 'Decker' avec Ted Danson, avant d'œuvrer au même titre sur les trois dernières saisons des 'Soprano') d'après une idée qu'il avait eu dès le début des années 2000, 'Mad men' (de 'mad' au sens d'imbéciles, mais aussi de 'Mad...ison Avenue' où se trouve l'agence, comme de '...Ad men' = les gars de la pub) s'est imposé d'emblée pour son style visuel (les décors, costumes et accessoires sont tous choisis avec un soin extrême) et pour sa transposition particulièrement fidèle de l'ambiance du début des années 60, marquée notamment par le culte de la cigarette et de l'alcool, mais aussi de l'adultère, le carriérisme et le sexisme y afférent, le racisme et ses variantes (antisémitisme, homophobie, etc.), bref tout ce qui allait évoluer dans les années qui suivirent.
'Mad men' traite donc d'une période charnière entre un ancien temps et une nouvelle époque et explique l'irruption sur la scène médiatique des 'angry young men' en littérature en Grande-Bretagne, de la 'Nouvelle vague' au cinéma en France peu après et bien sûr finalement de Mai 68, de l'arrivée de la pilule contraceptive, de la libération sexuelle qui en a découlé, de la distribution de films pornographiques sur nos écrans (le code Hays a été aboli aux USA en 66), de la libéralisation de l'avortement, mais aussi de la fin de la guerre du Vietnam, etc.
Mais avant d'en arriver là, nous étouffions et c'est cette frustration qu'illustre 'Mad men' en saisons hyper-léchées et fantastiquement interprétées de 13 épisodes de 50mn.
Première saison, en 1960 :
Costumes cintrés et cheveux gominés, séduisants, mais misogynes, les publicitaires de l'agence 'Sterling & Cooper' s'agitent au milieu des volutes de fumée, affichent des sourires de façade et font de leur mieux pour arriver à survivre dans ce monde classieux auquel ils appartiennent. Ils travaillent pour les plus grandes marques, vendent tout et n'importe quoi, gagnent beaucoup d'argent, méprisent leurs secrétaires et écrasent leurs épouses de leur supériorité.
Parmi eux, il y a Don Draper, le directeur de création maison, et Peggy Olsen, son ambitieuse secrétaire, qui ont en commun que d'avoir un terrible secret dont la révélation pourrait évidemment considérablement nuire au développement de leur carrière comme à l'évolution de leur vie tout court.
Don (que joue Jon Hamm : 'Gilmore girls', 'Charmed', 'Les experts Miami', 'NUMB3RS', 'The Unit' à la télévision ; 'Nous étions soldats', 'Le jour où la Terre s'arrêta', 'L'agence tous risques', 'Sucker punch' au cinéma) est marié à la magnifique Betty (January Jones : 'Love actually', 'Dirty dancing 2', 'Trois enterrements', 'Good morning England', 'X-Men, le commencement' ; c'est un quasi clone de Grace Kelly) et tous deux vivent dans une superbe résidence de banlieue, ambiance 'Desperate housewives', avec leurs deux enfants.
Peggy (Elisabeth Moss, qui est actrice depuis l'âge de 8 ans et que l'on a pu voir notamment dans 'The practice', 'Law & order', 'Grey's anatomy', 'Medium' et 'Ghost whisperer'), célibataire, est la mère d'un enfant qu'elle a abandonné après sa naissance -ce que personne ne sait- et qu'elle a eu avec son collègue de travail, le marié et fourbe Pete Campbell (Vincent Kartheiser, qui a débuté sur le grand écran à l'âge de 13 ans et qui a joué dans 'L'indien dans le placard' et 'Another day in Paradise' au cinéma, mais qui a aussi été 'Connor' le fils d''Angel' dans la sérié éponyme tout en apparaissant dans quelques épisodes d''Urgences' à la télévision), le plus ambitieux au plus mauvais sens du terme des 'ad men' de l'agence.
Leur chef-secrétaire est la rousse Joan Holloway (la sculpturale et somptueuse Christina Hendricks, vue dans 'Angel', 'Urgences', 'Tru calling', 'Cold case', 'FBI : portés disparus', 'Las Vegas' et 'Life', et qui est aujourd'hui à très juste titre l'un des sex-symbols les plus admirés de la planète), une ancienne maîtresse de Roger Sterling (John Slattery : 'Becker' justement, 'Amy', 'Law & order', 'Sex & the city', 'Traffic', 'Bad company', 'Jack & Bobby', 'Desperate housewives'), leur patron 'bienheureux'.
Piégés et malheureux, ils survivent tous comme ils le peuvent, grâce au mensonge surtout, dans un monde dont ils ne maîtrisent que les apparences.
Deuxième saison, en 1962 :
Un peu plus d'un an après la fin de la première saison, JFK est à la Maison-Blanche et l'Amérique commence de changer. 'Sterling & Cooper' a été vendue à un conglomérat britannique, mais l'opaque et lâche Don continue de s'adonner aux plaisirs alcoolisés comme de voguer de femme en femme, au grand dam de son épouse, qui commence de se douter de la véritable nature de son mari et entame ce faisant un processus d'émancipation. Quant à Peggy, elle obtient une première promotion, nouvelle pierre d'un édifice auquel elle ne va cesser de travailler, provoquant la jalousie de son ancien amant Pete. Joan rencontre le Dr. Harris, un homme qui la change énormément du milieu dans lequel elle évolue et au charme duquel elle ne résiste pas, délaissant définitivement son patron, Roger, qui divorce de son épouse, un peu trop tard, pour épouser du coup une autre employée de la maison...
'Mad men' nous fait assister à la naissance du capitalisme que nous subissons à l'heure actuelle de plein fouet : les publicitaires de l'agence sont au service du grand capitalisme, des grandes sociétés qui n'ont pas d'autre préoccupation que de modeler nos goûts afin de faire de nous les marionnettes de leurs stratégies de marketing : il ne s'agit que de faire de l'argent pour faire de l'argent. C'est la grande course en avant jusqu'à ce que le système bute contre un mur, ce qu'il est en train de faire, après quand même quelques décades pendant lesquelles tout ce 'beau monde' a pu faire illusion.
'Mad men' démonte les rouages d'un système économique et politique avant tout cruel qui nous a promis le Paradis sur Terre pour finir par nous infliger l'aliénation mentale, sociale et économique : nous abandonnons à d'autres, à des étrangers (le terme d'alien vient de là), tout ce qui nous définit, et ce faisant nous le perdons, cessons d'avoir conscience de nos vrais problèmes et nous enfonçons dans un monde artificiel que d'autres animent pour nous...
Le libéralisme (la forme actuelle du capitalisme) nous a fait cadeau d'une liberté apparente, mais seulement pour mieux nous priver de notre identité véritable ; et ce faisant, il nous assassine. 'Mad men' illustre la mise en place de cet ordre nouveau né de la fameuse 'stratégie du choc ' (voir le livre de la journaliste Naomi Klein ainsi que le documentaire qu'en a tiré le cinéaste Michael Winterbottom éponymes) : le capitalisme 'des copains' au nom de la Liberté et de la Démocratie.
Vous en doutez ? Alors plongez-vous dans ce feuilleton d'exception qui entrera dans l'histoire du cinéma et de la télévision, au même titre que la 'Divine comédie' de Dante, la 'Comédie humaine' de Balzac ou la nouvelle comédie humaine que furent 'Les Rougon-Macquart' de Zola -par exemple et pour ne citer que ces œuvres-là- sont entrés dans l'histoire de la littérature au même titre, en tant que représentation large et dramatique de la réalité. 'Mad men' éclaire les fondements du monde d'aujourd'hui, autrement dit le nôtre. A la bonne vôtre !
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