Mad(ison av) men, ou le microcosme des "pubards" de l'agence Sterling Cooper dont le seul souci est de vendre de l'american way of life comme ils entendent d'ailleurs prescrire un suffrage présidentiel (Nixon contre Kennedy).
Nous sommes en 1960 à New York, l'Amérique vit les derniers jours d'un âge d'or; les communistes sont personnae non grata et le fordisme triomphe. La cigarette est réputée inoffensive et les rouges à lèvres sont éclatants.
Chez Sterling Cooper, les Noirs ne sont que liftiers ou serveurs et parfois rient avec complaisances aux boutades salaces des golden boys. Alors que la morale puritaine est toujours aussi présente, les hommes exercent éhontément leur droit de cuissage, les femmes semblent des proies consentantes ou résignées, l'alcool coule à flot et les cendriers sont pleins.
Sterling Cooper c'est aussi le théâtre de bien des affrontements à différentes échelles (labeur contre hableur, foyer/bureau, hommes/femmes , supérieur/employé, département contre un autre; amour/promotion canapé, Conservateurs contre Marginaux, Don Juan contre père de famille, probité/ mensonge, individu contre ambitions familiales, nantis contre nouveaux riches, etc). Dans ce mouvement orwellien délicieusement nevrotique, chacun tente d'atteindre la consécration qui lui donne le sentiment profond d'appartenir à ce qu'il représente tant au sein de la boîte qu'au regard de la société.
Parmi les favoris,
Don Drapper, d'une virilité à toute épreuve et revenu d'un passé trouble, est un brillant directeur de campagne. Inventif, sûr de lui, habile avec les mots et prompt à convaincre ses interlocuteurs, son charme opère en toutes circonstances. Sa vie semble à elle seule une vitrine du bonheur pour tous ceux qui croient en l'American way of life et aux valeurs du conformisme: ascension professionnelle certaine, des costumes coupés à la dernière mode, installé dans un édénique pavillon de banlieue avec jardin, marié et chéri d'une blonde dont on jure être le sosie de Grâce Kelly, deux bambins adorables, buick chromée couleur or etc...à travers ses poncifs de la réussite sociale et matérielle, on peu pressentir combien il est difficile d'être accepté voire d'exister en marge de ces valeurs. Et c'est là que le créateur de cette série frappe: au fil des épisodes et des croisements des arches narratives, le vernis doré de l'american way of life se craquèle et l'on voit transparaître les fêlures, les dénis, les frustrations, les souffrances et les névroses de ces hommes et de ces femmes qui se débattent avec le vide, ou la peur du vide. Dans cette comédie humaine revisitée qui oscille entre american psycho et desperate houswives, on finira par se convaincre que le bonheur n'est qu'une illusion publicitaire.
Portée par des dialogues brillants et une photographie hypnotique, Madmen n'a pas usurpé son titre de meilleure série 2008.
Ne pas voir la saison 1 sans la saison 2.