Madame Bovary, c'est un peu comme le Lolita de Nabokov : on sait d'avance que l'adaptation ne pourra restituer la perfection de l'oeuvre originale, alors on se montre gentil vis-à-vis de la meilleure d'entre elles, surtout quand elle se permet de proposer une vision différente. Chabrol s'en sort bien pour deux raisons : premièrement, parce qu'il s'est depuis longtemps spécialisé dans la médiocrité des notables provinciaux - le sujet était donc on ne peut plus dans ses cordes - ensuite parce qu'il s'est montré plutôt perfectionniste dans la reconstitution des détails d'une petite province sous le Second Empire.
On regrette malgré tout que, face à la puissance acide du livre, le film fasse l'effet d'une eau de Javel. Chabrol a également opéré un petit détournement de personnage : la sublime tragique "don quichottesque" flaubertienne pour laquelle on peinait à éprouver de la sympathie devient ici beaucoup plus martyr innocente qu'autodestructrice coupable, moins victime de ses chimères que de la léthargie et l'autosatisfaction environnante. Le réalisateur a fait d'une anti-héroïne symptomatique de son époque une héroïne symptomatique de... la condition féminine selon Chabrol ? Sans doute. Huppert, parfaite comme souvent, me semble tout de même assez éloignée de l'Emma de Flaubert.
On regrettera également que le réalisateur n'ait pas mis plus de vitriol dans son personnage de Homais. Jean Yanne, Grand Empereur du cynisme, du sarcasme et de l'autodérision, était-il le meilleur choix pour incarner ce mythique bavard autosatisfait ? Je me permets d'en douter.
Adaptation osée, et malgré tout intéressante.