Dans un futur indéterminé, après l'avènement d'une technologie permettant à certaines personnes d'acquérir des pouvoirs surhumains, une loi rigoureuse interdit la poursuite de ces expériences jugées néfastes. Les surhumains au service des bonnes causes ont cessé leurs activités, mais les plus opportunistes ont rejoint divers groupuscules terroristes. Une ère dominée par les malfaiteurs a vu le jour. Au milieu de ce chaos, une mystérieuse femme fatale assassine méticuleusement les méchants surhommes...
Créé en 2007, "Madame Mirage" semble tout droit sorti des années 90. La marque des studios "Top Cow" y étant pour beaucoup.
La couverture de l'album, la postface du scénariste Paul Dini (auteur du présent ouvrage) ainsi que le quatrième de couverture conçu par les éditions Delcourt m'ont clairement induis en erreur : Non, le parfum des "pulps" n'est pas au rendez-vous dans cette mini-série en six chapitres.
L'histoire et l'ambiance déroulées sous nos yeux renvoient à un mélange entre
The Crow de James O'Barr (pour la partie vengeance) et
The Darkness des mêmes studios Top Cow pour la partie graphique et le style narratif.
Le dessinateur Kenneth Rocafort, qui dessine, encre et effectue la mise en couleur, est clairement brillant. Mais son style est tellement calqué sur celui de Mark Silvestri et autre Michael Turner que les œuvres de ses ainés transpirent au delà de ses planches. Le découpage, fait de cadres superposés, tantôt délimités, tantôt fragmentés (rendant la lecture de l'ensemble assez confuse), ainsi que la colorisation infographique sont exactement les mêmes que dans les planches de
The Darkness. Dès lors, pas moyen de se sortir de cette atmosphère devenue un archétype à elle seule et impossible de faire le lien avec l'esprit "rétro" des pulps auxquels tendent le concept et l'architecture sémantique de cette histoire. Nous sommes donc à des années lumières d'une œuvre-somme comme le puissant "
Hellboy" de Mignola par exemple, qui d'une manière postmoderne, parvient à faire coïncider l'esprit des pulps et la culture steampunk avec un style graphique très moderne.
Autre défaut majeur de la mise en forme : les effets spéciaux. Toutes les astuces scénaristiques de "Madame Mirage" tiennent dans l'ILLUSION de sa présence, qui la voit apparaître, disparaître ou prendre l'apparence des autres protagonistes. Rocafort ne réussit jamais à rendre cette immatérialité palpable, ou plutôt concevable. Le lecteur ne le comprend qu'en relisant plusieurs fois les pages et en recollant les événements et les dialogues entre eux.
Enfin, le scénario finit par n'aboutir réellement qu'à un enchaînement de scènes d'actions pas toujours réussies, faisant de cette histoire de vengeance une trame nébuleuse totalement confuse.
J'ai voulu lire ce récit par rapport à tout le bien que je pensais jusque là de Paul Dini et de son excellent travail sur la série "Detective Comics". Inutile de dire que je suis très déçu...
A l'arrivée, "Madame Mirage" est une création assez laborieuse, qui oscille entre différents univers sans parvenir à les lier. La forte identité esthétique des studios "Top Cow" devient ainsi son rocher de Sisyphe : Elle semble éternellement prisonnière des années 90...