Ainsi, si l'on en croit les commentaires précédents, Syd Barrett aurait « quitté » le Floyd, serait « parti volontairement » du groupe ? Curieux révisionnisme. Dès 1968, Barrett « oublie » régulièrement d'aller aux concerts de son groupe, et quand il y est, reste le plus souvent scotché sur scène, incapable de sortir la moindre note de sa guitare. A tel point que le Floyd « embauche » un de ses amis, David Gilmour, pour le remplacer. Syd Barrett, électrocuté au LSD, va dès lors alterner phases végétatives et séjours en hôpital psychiatrique.
Alors, après avoir laissé tourner les magnétos pendant plusieurs mois en studio, sort en 1970 « The Madcap Laughs », collage de bric et de broc de « morceaux » enregistrés par Barrett. A l'origine uniquement guitare acoustique et voix, les musiciens de Soft Machine ou les futurs frères ennemis Waters - Gilmour, ajoutent à grand peine des orchestrations minimalistes sur ces titres.
Le résultat ? Stupéfiant, est-il facile de dire. On retrouve à l'état brut tout ce qui faisait la qualité du 1er disque de Pink Floyd, l'indispensable « The Piper at the Gates of Dawn », disque crucial d'une époque qui a produit beaucoup de chefs-d'oeuvre. « Terrapin », « Octopus », « Love You », « Late Night » sont des folks hallucinés, comme peu de gens en ont produit.
A mi-chemin entre le purisme ascétique d'un Bert Jansch et le sens du dénuement d'un Nick Drake, elles laissent entrevoir ce qu'aurait pu être le « vrai » second album du Floyd conçu par Barrett.
Rarement (plus jamais ?) un auditeur ne se retrouvera ainsi en prise directe avec l'esprit torturé et malade d'un auteur de chansons.
Un disque bizarre, minimaliste, d'une beauté étrange qui laisse comme l'impression malsaine d'une séance de voyeurisme sur un cerveau tourmenté.
Dernière question : Syd Barrett a-t-il eu réellement conscience un jour d'enregistrer ou d'avoir enregistré ce disque ?