Nous sommes en face d'un des albums les plus célèbres au monde. Vendu au prix d'un album simple, à l'époque, c'est une des plus grosses ventes en catégorie "live". Et presque quarante ans après, il n'a pas perdu de son efficacité. Le mot qui résume cet album, c'est ENERGIE.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que l'on parlait, à l'époque, de hard rock, autrement dit, de "rock lourd". Or, chez Deep Purple, si on écoute attentivement chaque instrument (et la voix de Gillan est le cinqième instrument), point de lourdeur, justement. Ce n'est pas du gros son bien gras. Tout cela est tricoté de manière subtile, habile, et c'est l'addition, la juxtaposition de ces cinq individualités qui donne cette énergie, cette puissance, ce déferlement de rock 'n' roll. Le jeu de batterie de Ian Paice est tout sauf lourd (ce n'est ni du John Bonham, ni du Keith Moon, non plus) il est précis, toujours inventif. Concentrez-vous sur la batterie, le jeu de pieds à la grosse caisse, les roulements d'une seule main (la spécialité du monsieur). Ian Paice est un festival à lui tout seul ! Son solo de "The Mule" reste encore une référence. Les musiciens sont toujours prêts à se surprendre, se répondre, se lancer des défis, s'amuser quoi ! Ces gars ne se prenaient pas (encore) au sérieux, point de grand messe ou surenchère scénique, que de la musique ! "Highway Star" déboule à 100 à l'heure, "Child in time" est le plus somptueux morceau de l'histoire, dévellopé sur 12 passionnantes minutes, ce que fait Blackmore sur le chorus boogie tient du génie pur, et les envolées vocales de Gillan laissent pantois. Le tubesque "Smoke on the water" est décidement indémodable, redoutable, et vaut mieux que son illustre riff d'intro. "Lazy" est le boogie-rock le plus jouissif et le plus swinguant qui soit, avec cette très longue intro où le thème se développe, avant de fonçer à toute vapeur, avec double rasade de solos. "Strange kind of woman" et son mid-tempo bluezy nous offre une autre grandiose partition de Blackmore, et Gillan s'y amuse comme un p'tit fou. Quant à "Space Truckin'", son tempo ultra speedé nous envoie direct dans une stratosphère déchirée par les nappes stridentes de l'orgue hammond (branché sur un ampli guitare, d'où ce son incroyable).
Ce qui me fascine avec MADE IN JAPAN, même après toutes ces années, c'est aussi le son, unique, la manière dont sonnent les instruments. A ce titre, le CD reproduit le son d'origine, et c'est tant mieux. Et puis c'est d'écouter les lignes d'accompagnement. Celles de Blackmore pendant un solo de Lord (sur "Lazy" par exemple), ou l'inverse, sur "Child in time", se concentrer sur l'accompagnement de Lord, à l'orgue, qui intervient par petites touches, se retire, revient... C'est phénoménal comme ces deux-là s'écoutent et se complètent. Il y a un esprit presque jazz, on sent une grande culture musicale, des références, chez ces types là. Il ne s'agit pas uniquement de cracher les décibels. Ils ont placé la barre très haut !
Je conseille fortement aux amateurs le coffret 3 CD, LIVE IN JAPAN qui reprend (presque) l'intégralité des trois concerts donnés au Japon, en ce mois d'août 1972
Live in Japan. Il n'y a pas de fondu entre les morceaux, l'ensemble n'en est que plus vivant encore, on peut comparer les différentes interprétations d'un soir à l'autre, notamment dans les solos de Blackmore au sommet de son génie, ansi que trois titres inédits joués en rappel, dont l'apocalyptique "Speed King".
MADE IN JAPAN est sans conteste le meilleur enregistrement live de Deep Purple (avec le moins connu, "Scandinavia nights" de 1970) et - disons-le - pratiquement le meilleur enregistrement live de l'histoire du rock.