Tony Richardson, né en 1928 dans le Yorkshire et mort du Sida en 1991 à Los Angeles, est l'auteur de films peu connus, comme par exemple l'adaptation du "Sanctuaire" de W. Faulkner, avec Yves Montand et Lee Remick (1961) mais aussi du célèbre "Tom Jones" avec Albert Finney (1963).
De sa liaison avec Jeanne Moreau naquit cette fameuse "Mademoiselle" (1966) mais aussi "Le marin de Gibraltar" (1967).
Sur un scénario de Marguerite Duras et Jean Genêt, Moreau interprète le rôle d'une institutrice, dans un village rural de la France. Dès la première séquence, le ton est donné : Mademoiselle, gants noirs et talons hauts, ouvre une digue pour que l'eau aille inonder les terrains des paysans, pendant qu'une procession se déroule au loin. Après son forfait, elle essuie soigneusement ses talons hauts, prend des oeufs dans un nid d'oiseaux, les écrase et les remet dans le nid.
C'est le portrait d'une femme frustrée, amoureuse d'un bel italien, Manou (Ettore Manni), travailleur saisonnier, veuf et père d'un jeune garçon, qui ne résiste pas aux charmes des femmes mariées, ce qui lui attire la haine des paysans et des autorités, attisant leur xénophobie jusqu'à l'accuser de provoquer les catastrophes qui les accablent : incendies et inondations.
C'est un film où la nature est reine. La nature et le sexe. Une des images les plus suggestives (et il y en a beaucoup!) représente, dans le cadre, le visage de Mademoiselle en gros plan à droite, alors que le jet d'une lance à incendie gicle de la gauche comme s'il voulait lui frapper le visage.
L'institutrice obéit à un rituel, et comme dans tout rituel, quelqu'un sera sacrifié. Mais le fils de Manou, que Mademoiselle se plait à humilier en classe devant les autres élèves, en sortira meurtri mais grandi. Il ne pourra plus jamais regarder les adultes de la même façon qu'auparavant.
Du côté de Bunuel, on pourra retrouver cette ambiance paysanne dans "Le journal d'une femme de chambre" et du côté d'Haneke, le portrait que dévoile Isabelle Huppert dans "La pianiste" n'est pas loin, dans sa dureté et son masochisme, de celui de Jeanne Moreau dans "Mademoiselle".
Un grand film, donc, à redécouvrir.