7° film de l'immense Claude Sautet en 76, un sujet original cette fois-ci, coécrit avec Claude Néron, le romancier qui écrivit 'Max et les ferrailleurs' et 'Vincent, François, Paul et les autres', pour une fois sans la complicité de Jean-Loup Dabadie (peut-être pour que le propos du film ne soit pas adouci par sa 'musique' si délicate des mots), musique de l'ami Philippe Sarde et images du fidèle Jean Boffety, 'Mado' est LE film des années 'fric' de la période giscardienne.
Michel Piccoli (c'était son déjà quatrième film avec Sautet) est un promoteur honnête dont l'associé, Bernard Fresson, s'est suicidé, laissant une ardoise de 6mio qui l'oblige à composer avec le requin de l'immobilier Julien Guiomar (froidement ignoble). Grâce à Mado-Ottavia Piccolo ('La veuve Couderc' et 'Antoine et Sébastien' avec déjà Jacques Dutronc, mais aussi 'La colline aux mille enfants' à la télévision), une jeune chômeuse qui agrémente la solitude des hommes riches qui ne se suffisent pas toujours à eux-mêmes et dont le visage de madone et la présence tranquille l'apaisent et le nourrissent, il rencontre Charles Denner, un ancien associé de Julien Guiomar, déchu et hors-la-loi, qui dispose de preuves qui permettraient à Michel Piccoli de 'coincer' celui-ci...
Comme dans tous les films d'alors de Claude Sautet, il y a des bistrots qui sont avant tout des lieux de rencontre, dans lesquels se croisent, se parlent et finalement en viennent à travailler et à vivre ensemble, des jeunes et des vieux, de toutes origines et de tous milieux, parmi lesquels l'alors encore jeune et beau Jacques Dutronc, un ami également au chômage de Mado, dont Michel Piccoli fait son comptable et chauffeur et qui semble beaucoup compter pour celle que Michel Piccoli aimerait tant voir définitivement à ses côtés afin de ne surtout pas commettre à nouveau l'erreur de laisser passer sa chance sur le plan sentimental, après qu'il y a longtemps il ait laissé lui échapper la magnifique Hélène-Romy Schneider (son prénom déjà dans 'Les choses de la vie'), devenue entre-temps, à cause de lui, une épave irrécupérable, à moins que...
Avec aussi André Falcon, Claude Dauphin, Dominique Zardi, Jean Bouise, Marc Chapiteau, Michel Aumont et, nue dans sa baignoire, une charmante débutante du nom de... Nathalie Baye.
Ce film sur le sexe, l'amour, la mort et le fric en plus, est probablement le plus noir des films d'alors de Claude Sautet, une peinture impitoyable et sans concession des milieux affairistes de ces années-là qui ressemblent évidemment furieusement à ceux d'aujourd'hui : certaines choses ne changent jamais et comme dans le film, seule la jeunesse représente un espoir ! Si vous aimez le cinéma ciselé de Claude Sautet et demeurez impressionné par le talent incisif de ses toujours fabuleux comédiens, ne manquez pas ce rendez-vous en terre brûlée !